Fil de vie

La vie quotidienne de l'unité au sein de la caserne.

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Willa Vance
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Re: Fil de vie

Message par Willa Vance » jeu. mai 23, 2019 8:18 pm

Le voyage dans le rêve avait laissé à Willa un arrière-goût amer. La grotte cauchemardesque n’était pas le cœur du problème – bien qu’il ne soit jamais agréable que l’on vienne gratter la surface parfois fragile d'anciennes blessures –, le mirage du visage de son bien-aimé sur le corps de Rouillevent n’ayant été qu’un affreux plagiat bien vite démasqué, aux paroles impertinentes. Elle n’oublierait jamais son Harlan, et il le savait ; du moins, il l’aurait su.

Son trouble concernait l’autre aspect de l’expérience : le paradis vert, luxuriant, calme et reposant, habité de créatures aussi mignonnes qu’incongrues ; pas pour ce qu’il était : un havre de paix, mais pour ce qu’il n’était pas : réel. Ce mirage, aussi séduisant soit-il, n’avait pas d’emprise sur la jeune femme, justement parce qu’il était illusoire. Ce n’était pas une question de principe, mais une crainte. La crainte que le retour à la réalité soit brutal. La crainte de retrouver la fadeur du quotidien. La crainte que ce bonheur irréel ne devienne un but inatteignable. Le danger du paradis artificiel lui était apparu dès les premiers pas, et nul doute que le prix se paierait à crédit si elle y succombait. Quelle différence avec les substances addictives et hallucinogènes – mais aussi apaisantes – qui s’échangent sous le manteau dans les venelles des cités ?

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » ven. mai 24, 2019 8:38 pm



Les arbres de la clairière s'estompent à mesure qu'elle ferme les yeux. Le pépiement des oiseaux se fait de plus en plus délicat, et dans le lointain, les bruits provenant de la cascade se font moins présents, ne laissant subsister dans l'air qu'une légère brume, qui laisse place, elle aussi, à une douce chaleur. Difficile de dire combien de temps s'est écoulé avant qu'elle n'ouvre les yeux, mais elle est allongée sur le sol, un sol certes un peu froid mais que ses sens ensommeillés associent au fur et à mesure à celui de la caserne, à cette caverne secrète portant le nom de "Salle des Érudits", et qui a été le point de départ d'une ... extraordinaire aventure, dont le souvenir, tel un rêve, flotte encore aux lisières de sa conscience. Des sensations fugaces continuent à se faire sentir quand elle ferme les yeux, des odeurs rémanentes qui se mêlent à celles de la pièce, la brume est encore présente, devant ses yeux qui fixe le plafond, et sur ses joues, roulant jusqu'à ses lèvres... elle a même un étonnant petit goût salé. Est elle en train de pleurer ? Pas besoin de porter la main à sa joue pour en acquérir la certitude, il lui suffit de faire le tour de son âme. Effet inattendu du voyage, et peut être des émotions trop longtemps enfouies, refoulées, ignorées, tues. Elle reste un moment sur le dos, seule dans la pièce, le bras passé sur les yeux, à laisser les larmes s'écouler... Bien qu'il y ait un fond de tristesse diffus, on ne remue pas les vieux souvenirs sans conséquences, elle se sent un peu plus légère, à mesure que le temps passe, comme si elle se libérait d'un lourd fardeau dont elle mesurerait l'ampleur à mesure qu'il s'évacue.

Elle finit par se relever, essuyant ses yeux et se recoiffant, les yeux encore un peu dans le lointain, un sourire naissant sur son visage fatigué. Toujours un peu pensive, elle se dirige vers le premier étage, appréciant le silence qui règne dans la bâtisse, malgré les grincements intempestifs du vieux parquet ; parvenue devant son lit, elle défait machinalement les sangles de ses épaulières, et elle se laisse tomber sur sa couche, ne faisant de concessions à la décence qu'en ôtant ses bottes grâce à la technique éprouvées des doigts de pied agiles. Sa tête posée sur l'oreiller, elle ferme les yeux, et le sommeil ne tarde pas à la cueillir. Sa dernière pensée consciente fait naitre une petite angoisse : si toute cette aventure n'était qu'un rêve, qu'en restera t il au matin ?


* * * * * * * * * * *

Dans le ciel, poussés par un vent d'ouest nonchalant, se prélassent les fins nuages qui ne parviennent pas à contenir l'ardeur de l'astre du jour dont la lumière éclaire un vaste paysage de montagnes érodées, de vallées étroites traversées par des cours d'eau tranquilles serpentant entre les forêts de conifères et les bambouseraies touffues. L'air est limpide, à peine troublé par les trilles d'un rossignol ou les roucoulements des tourterelles, que les cerfs affamés écoutent d'une oreille distraite en mangeant l'herbe tendre qui pousse le long des chemins. Tout est ordre et beauté, luxe, calme et volupté, pour reprendre les mots du poète. C'est probablement pour ça que son maitre a choisi cet endroit pour l'entrainement du jour. Allongée sur le dos, bras derrière la tête, elle reprend son souffle, appréciant la tranquillité des lieux, après l'intensité des affrontements qui a vu les deux combattants s'opposer sur des styles très différents, se mêlant au final pour créer une chorégraphie où le maitre de ballet n'a pas toujours eu le dernier mot, ce dont il semble tirer une certaine satisfaction, pour preuve son sourire, presque aussi rare que bière sans mousse.

- Je ne me souvenais plus de cet endroit, maitre, il est si apaisant. Presque autant que le dernier que nous avons visité
- Hmm, c'est normal, Saison de Fer, puisqu'il fait écho à cette dernière expérience.

Se redressant sur les coudes, elle regarde autour d'elle puis se tourne vers son maitre.

- Ça veut donc dire que je suis encore en train de rêver. Tout cela est il condamné à disparaitre quand j'ouvrirai les yeux ce matin ?
-Oui, car c'est dans la nature des rêves d'être ainsi. Ils sont le reflet de nos souvenirs, de nos expériences même les plus insignifiantes, nous plongeant parfois dans un brouillard de doute ou comme ici, dans un moment de plénitude, et tout cela peut paraitre transitoire. Mais nous nous nourrissons d'eux, comme ils se nourrissent de nous. Les rêves sont éphémères, mais ce qu'ils font naitre en nous ne l'est pas. Tu peux les voir comme des chemins qui mènent aux diverses régions de ton âme.
- Et donc, si je suis un de ces chemins, je finirai par trouver...
- Ce que tu auras apporté avec toi.

* * * * * * * * * * *

Assise sur le bord de son lit, dans la semi obscurité du dortoir au petit matin, Caithness se remémore les éléments de son rêve ; certains sont plus fuyants qu'une truite pêchée à mains nues, mais d'autres sont encore très vivaces, et l'accompagnent tout au long des activités de la matinée. Et ces souvenirs font écho à d'autres souvenirs, d'autres paroles prononcées avant et pendant le voyage onirique, et d'un seul coup, tout semble faire sens pour elle : ce périple a permis à ses participants de faire face à leurs tourments intérieurs, qu'ils ont du affrontés individuellement mais aussi et surtout avec le reste du groupe, chacun partageant les craintes, les angoisses, les peurs et les blessures des autres, se soutenant à tour de rôle, créant de nouveaux liens et renforçant ceux déjà établis. Mais surtout, le vrai cadeau de ce voyage ne résidait pas simplement dans le but à atteindre, ou le fait de découvrir un petit coin de nature préservé, aussi agréable et parfumé qu'il fut, mais bien dans le périple lui même, dans toutes les oppositions rencontrées et les accomplissements réalisés... Car finalement, s'il a semblé durer le temps d'un rêve, et s'estomper de la même manière, ses effets se font sentir bien après son achèvement. Peut on affirmer le caractère illusoire d'un lieu qui a eu tant d'effet sur ceux qui l'ont visité, comme un rappel qu'il est possible de faire face, que l'espoir est toujours là, qu'il convient de le chérir et de pas l'oublier ? A chacun d'apporter sa réponse, probablement.

Assise à son bureau, devant une pile de documents administratifs, Caithness regarde par la fenêtre. Le ciel est encore un peu gris, mais le soleil dessine de magnifiques gloires entre les nuages. Dehors, plusieurs des gamins qui ont profité des soins rendus possibles grâce aux divers mécènes jouent entre les arbres et le terrain d'entrainement, leurs rires montant jusqu'à elle.

Pas de corbeau en vue.

Sous sourire s'agrandit.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Grisold Folépine
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Re: Fil de vie

Message par Grisold Folépine » dim. mai 26, 2019 8:08 am

Grisold passait moins de temps dans la salle des Érudits, depuis qu'ils étaient revenus de leur étrange expédition à mi-chemin du rêve et de la réalité. Elle se rendait souvent sur un promontoire rocheux non loin de la caserne et du glouglou de la cascade. Elle demeurait longtemps là, comme si elle méditait, en tailleur, son bâton aux couleurs mordorées sur ses genoux osseux. Elle fixait la course du soleil comme pour en saisir une vérité qui lui échappait encore.

Comme l'astre du jour, la Grisegarde avait accompli sa révolution. Ils perdaient des hommes, en retrouvaient certains, abattaient des ennemis et attendaient la prochaine mission, recommençant inlassablement le même cycle. Tout était revenu dans l'ordre. Le vieux loup occupait de nouveau son tabouret, Karkanos Greyford était de nouveau parmi eux, sa sœur aussitôt repartie... Même Isaach Adelberg avait retrouvé sa fonction à travers l'héritage de son bâton, dans la salle des Érudits. Dans un geste mystérieux, il continuait de guider la Grisegarde de son savoir en leur indiquant ce rituel dans le grimoire de Toliren.

Grisold porta son attention sur son bâton aux reflets d'automne. Tout était revenu dans l'ordre. Mais tout n'était pas exactement pareil. Toliren ne reviendrait pas, et son souffle d'émeraude serait à jamais teinté de cette vague mélancolie d'arrière-saison. C'était peut être cela, vieillir. Elle avait tenté au moins de guérir les plaies de la meute, elle qui n'avait jamais songé à apprendre à user de la nature pour soigner. Les plaies physiques étaient soignées, certains avaient affronté leurs peurs et le poids de leur culpabilité.

D'autres s'accrochaient à la souffrance comme une compagne d'infortune, retenant ce qui ne pouvait l'être. Pour ceux-là le temps ferait son office un jour, peut être. Elle avait partagé avec tous ce lien unique à travers cette épreuve de soi. Un voyage qui devait se faire de l'intérieur avant que d'impacter la réalité et l'avenir.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » mer. mai 29, 2019 5:35 pm


- "Madame ! madame ! Y'a un drôle d'oiseau qui joue avec Kalioss et Nessa ! J'peux aussi jouer avec lui ?"

Sourcils légèrement froncés, Caithness termine de positionner les langes de son patient nouveau né avec l'épingle à nourrice qu'elle a coincé entre ses lèvres, avant de relever la tête en direction de la petite fille qui, après avoir couru dans sa direction, reprend son souffle, les yeux pétillants et le bras tendu vers un des grands arbres qui font de l'étang d'Olivia un coin si prisé des pêcheurs, malgré l'afflux récent de population.

- "Qu'est ce qu'il a de si drôle, cet oiseau?" s'enquiert alors la toubib en s'essuyant le front du revers de la main, après un regard vers le petit attroupement qui commence à se former dans la direction indiquée.
- "Oh bah il est drôlement effronté", commence la gamine qui bute un instant sur le mot, avant de poursuivre sur un ton rapide, "il s'est perché sur la tête de Kalioss d'abord, pis y s'est envolé quand on a rigolé devant la tête qu'y f'sait, avant de s'poser sur l'épaule de Nessa qu'osait p'u bouger d'un poil ! Alors je m'suis souv'nue qu'un des "Kal d'oreilles" avait dit que ces oiseaux, bah y sont plus malins qu'on pense, et qui faut pas les ..."
- "Holà, doucement, et pense à respirer, tu deviens toute bleue comme une elfe justement", dit le médecin en recoiffant la fillette, dont le sourire s'est élargi à l'écoute de la comparaison avec le "peuple des bois" qui fascine tant les enfants du camp. "Allons voir ça, tu me raconteras le reste en chemin."

La prenant par la main pour l'emmener aussi vite que ses maigres jambes peuvent la porter, la gamine poursuit son récit, fait de pirouettes, d'instants de surprise, et de cris de joie, tout en se dirigeant vers le petit groupe, lançant des "Poussez-vous, poussez-vous !" bien inefficaces dans un premier temps, jusqu'à ce que quelques têtes se tournent et qu'un petit corridor se crée pour les laisser passer. Et là, quelle n'est pas la surprise de Caithness de voir un oiseau de belle taille posé à même le sol au milieu de la bande surexcité des enfants toujours plus nombreux, dont les cris devraient pourtant l'avoir fait fuir depuis longtemps, et qui se contente de se dandiner vers les plus audacieux qui tendent une main un peu tremblante en direction de son bec, qu'il effleure comme pour la sentir. Dominant tout ce petit monde d'une tête ou deux, elle n'a aucun mal à reconnaitre un corbeau à son plumage si caractéristique. Un court instant, un léger sentiment de malaise se fait jour en elle, comme si l'animal réveillait des souvenirs incertains et troubles, et quand l'animal tourne la tête vers elle, croassant comme en écho à ses pensées, elle se fige. Et soudain, dans un tourbillon de fumée, l'oiseau laisse place à un homme de grande taille, vêtu d'une grande robe aux couleurs chaudes de l'été, cousue d'amulettes mêlant habilement minéraux et végétaux, tenant un bâton sur lequel une vigne vierge est enroulée, étalant feuilles et fleurs aux rayons d'un soleil toujours plus présent. Mais c'est la couleur de sa chevelure, entre le chaume et le cuivre, son regard pétillant souligné par de petites pattes d'oie et le demi sourire étirant ses lèvres fines qui permet à Caithness de passer de la perplexité à la surprise, puis à la joie, dessinant à son tour un large sourire sur son visage et achevant de convaincre les enfants, dont la plupart, mais pas tous, avaient pris leurs distances avec le phénomène, qu'il n'y a pas de danger immédiat.

- "Comment se porte la plus belle de mes cousines ?" s'exclame alors l'individu, d'une voix un peu rocailleuse.
- "Tu veux dire, la seule qui soit à portée de compliment, n'est ce pas ?" répond la dame avec un brin d'amusement dans le regard, avant de le poser sur les enfants que la surprise a réduit un instant au silence. "Grands dieux, Heathclyff, je vois que tu cultives toujours le goût des entrées en scène inoubliables."
- "Que veux-tu, on ne se refait pas... Et puis, pour ces enfants, c'est une occasion de voir un peu autre chose que les toiles de tente pour demeures et les murailles de la cité comme montagnes dans le lointain." dit il en décoiffant un des gamins les plus curieux.
- "Il ne fait aucun doute que tu as trouvé ton public ici."

Le duo s'arrête en voyant une toute petite fille approcher d'une marche un peu mal assurée mais avec un air déterminée sur sa petite bouille ronde entourée de tresses sommaires.
-"Volé oizo enko" babille t elle en pointant un petit doigt baveux en direction du sorcier qui, un grand sourire sur les lèvres, s'agenouille devant elle, ce qui l'incite à répéter sur un ton réjoui : "enko volé ? di oizo vol enko ?" Continuant à sourire, Heathclyff se tourne vers sa cousine.
- "Je maitrise les tournures des principaux patois de Gilnéas et de la forêt d'Elwynn, ainsi que les bases de la langue elfique mais je ne reconnais pas celui là... Et toi ?"
- "Oh, sans trop m'avancer, je dirais qu'elle te demande de faire voler l'oiseau encore", dit cette dernière avec un grand sourire en voyant la petite fille hocher vivement la tête.
- "Oh, suis je bête ? Non, je t'en prie, ne te donne pas la peine de répondre... " puis se tournant vers la gamine attentive " l'oiseau doit se reposer un peu mais, j'ai une idée : que dirais tu de voir les petites fées qui m'accompagnent dans mes voyages et qui veillent sur moi ?" La petite fille le regarde, sourcils froncés, sans doute un peu déçue avant de saisir la nouvelle proposition, et opiner du chef une nouvelle fois. Toujours à genou, le sorcier fait alors un petit trou dans le sol à ses pieds et y plante son bâton. Puis il ferme les yeux un instant, murmurant des mots trop bas pour être compris et quand il les ouvre, la vigne vierge qui entoure l'artefact se met à frémir, puis onduler comme un serpent végétal, se couvrant de fleurs de toutes les couleurs, qui éclosent rapidement, libérant des petites formes lumineuses et vrombissantes, qui viennent tourner autour des fleurs, avant de commencer à faire des acrobaties devant les yeux des enfants fascinés. Se relevant, souriant au spectacle, il pointe du doigt trois des formes lumineuses : "Voici Thali, Nalli, et Lanni qui m'accompagnent partout, et veillent sur moi et Drasil, leur bâton. Je vous le confie pendant que je discute avec ma cousine, d'accord ?" Hochements de tête général, les adultes s'éloignent de quelques pas, non sans que Caithness ne lance un regard admiratif au sorcier.
- "Je ne te savais pas aussi doué avec les enfants, on dirait que tu as fait ça toute ta vie."
- "Et pourtant ... mais figure toi que c'est une enfant qui m'a montré la voie."
- "Tu as trouvé un nouveau maitre pour t'enseigner la patience alors ?"
- "Ah ! Ça aurait pu, mais cela s'est fait plus simplement ... et de façon tout à fait inattendue. Quelques semaines avant la Chute du Mur, mon maitre, ce vieux renard, m'avait envoyé, soit disant pour faire une course auprès d'un herboriste résidant dans la capitale. mais en arrivant à Gilnéas, je me suis perdu dans le dédale de ruelles et j'ai du demander mon chemin à plusieurs reprises. Plus j'avançais, plus j'étais envahi par un sentiment de doute. j'ignore si cela avait un rapport avec l'atmosphère qui régnait alors dans la ville, mais parvenu à destination, pas d'herboriste. Tout juste un petit attroupement autour d'une roulotte, où une devineresse proposait ses services. Je me suis approché pour lui demander ce qu'elle voulait en échange, et, comme beaucoup de personnes touchées par la disette qui sévissait alors, elle souhaitait avant tout pouvoir nourrir ses enfants. N'ayant rien qui puisse l'aider, j'ai poursuivi ma route, jusqu'à ce qu'un des Pères Arbres poussant sur la place de la cathédrale ne me fasse don du contenu d'un nid abandonné, sous la forme de quatre œufs. Rebroussant chemin, j'ai proposé les oeufs à la diseuse de bonne aventure qui a accepté de regarder dans mon avenir en échange. mais entretemps, j'avais laissé mon bâton, que je portais plus comme une charge que comme un véritable allié, à une gamine qui semblait attendre son tour elle aussi. Ne faisant pas confiance aux cartes, j'ai tendu ma main afin que la devineresse puisse officier... je ne me souviens plus des mots exacts qu'elle a prononcé, mais il était question d'épreuve et d'accomplissement, d'un changement dont je sortirai grandi, changé ou victorieux, je ne sais plus... je pense qu'elle parlait de ce qui allait advenir de Gilnéas et de ses habitants. Mais alors que je réfléchissais sur le sens de ses paroles, la gamine m'a ramené mon bâton ... qu'elle avait fait fleurir de la plus belle des façons. J'ai presque hésité à le reprendre, mais je l'ai fait, remerciant la jeune fille qui m'a rendu mon sourire avant de s'éloigner d'un pas sautillant. C'est étonnant d'ailleurs, quand je me remémore la scène, je la vois en compagnie d'un loup, et il y avait une fouine et un corbeau non loin ... Toujours est il qu'en reprenant le bâton, j'ai eu comme une sorte de révélation : ce qui suffisait à mon bonheur était déjà avec moi, et c'est cette gamine qui m'en a fait prendre conscience. Depuis, je tache de transmettre aux enfants un peu de ce que j'ai appris ce jour là"
- "Merveilleuse intuition que celle des enfants. Et cette enfant, tu l'as revu par la suite ?"
- "Non, et je le regrette, mais elle m'a donné son nom alors : Grisold. Qu'y a t il ma cousine, à voir ta tête, on dirait que tu la connais ?"
- "Hum, cela se pourrait, mais ce serait une bien étrange coïncidence .. Quand dis tu que cela s'est produit ?"
- "Peu avant la Chute et le Grand Cataclysme, donc il y a huit ans à peu près."
- "Les dates pourraient correspondre ... Et si tu l'as vu en compagnie d'un loup, cela pourrait s'expliquer également" Sourire "Mais revenons en plutôt à toi : que fais tu à Hurlevent, hormis entretenir ta popularité auprès des enfants ?"
- "Ayant repris la charge de mon maître à sa mort, je participe aux conclaves organisés par les sorciers des moissons et les druides, qui se tenaient à Teldrassil et qui ont désormais lieu ici, pour les raisons que tu devines. Lors du dernier rassemblement, un vieux sorcier, Ashton Deux Orages, nous a adressé une étrange mise en garde : selon lui, une grande douleur se prépare depuis le fond des mers. Et ce sentiment est partagé par plusieurs autres confrères ; il a donc été décidé d'en informer le Roi Genn afin qu'il puisse conseiller le Haut Roi Anduin à son tour. Et je fais partie de la délégation chargé de transmettre le message."

Revenant vers le bâton planté dans le sol, le sorcier fait naitre un nouveau sourire pour faire disparaitre l'air sérieux et légèrement soucieux qui est venu habiter ses traits à mesure qu'il énonçait les raisons de sa présence. D'un petit geste de la main, il invite les petites formes bourdonnantes à revenir vers les fleurs, qui se referment malgré quelques cris et protestations chez le jeune public. Puis il le retire du sol et le replace dans son dos, adressant un grand geste de la main pour dire au revoir à tout ce petit monde.
- "Au revoir les enfants, merci d'avoir veillé sur Drasil, Thali, Nalli et Lanni !" Puis se tournant vers Caithness "A bientôt, ma cousine ! Maintenant que je sais que tu es si bien entourée, je repasserai te voir. Prends soin de toi et des tiens." Et dans un nouveau nuage de fumée, sa silhouette s'estompe, laissant la place à celle d'un corbeau qui prend rapidement de la hauteur; que la toubib suit des yeux un moment avant de regarder vers le bas, sentant une traction sur son tabard.
- "Oizo pati ?" dit la petite fille, dont les yeux brillent autant que son nez est morveux. Elle se penche pour la moucher avec un morceau de tissu propre, puis la prend dans ses bras pour la ramener à ses parents.
- "Oui, ma chérie, l'oiseau est parti mais il reviendra. Les corbeaux reviennent toujours."

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Karkanos Greyford
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Re: Fil de vie

Message par Karkanos Greyford » ven. juin 07, 2019 11:47 am

Se curant les dents en glandant sur sa rambarde, Greyford passa une bonne partie de sa soirée à simplement regarder la parcelle de champ complètement pourrie par son "engrais". Le paysagiste Ed allait encore lui remonter les bretelles, mais le Worgen s'en moquait. Il n'était plus une simple recrue qui pouvait compter sur ses supérieurs pour assumer la responsabilité de ses actes. Dorénavant, il devait être un soldat, qui donnerait peut-être, l'espérait-il, l'exemple à de futurs nouveaux comme lui.

Bien sûr, il était très heureux et fier de sa nouvelle promotion. Pour Greyford, c'était l'achèvement d'un réel objectif de vie, mais pourtant, alors qu'il était toujours oisivement avachi devant l'entrée de la caserne, il se rendit compte que ça ne lui suffisait pas totalement. Il voulait faire plus, et ne pas se reposer sur ses lauriers. Pour réussir de nouveaux objectifs, il devait continuer à évoluer comme il l'avait fait depuis son arrivée à la Grisegarde.

Karkanos se releva finalement, il se craqua quelques articulations, et rentra à l'intérieur pour continuer à apprendre l'ingénierie et sa théorie. Il ne savait pas exactement si une occasion de briller se présenterait un jour, mais la patience et l'assiduité ne pouvaient être que bénéfiques pour le jeune Worgen. Il s'installa sur son lit, ouvrit le manuel que lui avait fourni son mentor, et commença à le potasser. Greyford s'arrêtait un instant après avoir commencé le bouquin.

"-Putain, j'espère qu'on va bientôt repartir en mission." se dit-il, fixant les couchettes encore vides de ses pairs.

Il reprit ensuite sa lecture.

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