Fil de vie

La vie quotidienne de l'unité au sein de la caserne.

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Willa Vance
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Re: Fil de vie

Message par Willa Vance » jeu. mai 23, 2019 8:18 pm

Le voyage dans le rêve avait laissé à Willa un arrière-goût amer. La grotte cauchemardesque n’était pas le cœur du problème – bien qu’il ne soit jamais agréable que l’on vienne gratter la surface parfois fragile d'anciennes blessures –, le mirage du visage de son bien-aimé sur le corps de Rouillevent n’ayant été qu’un affreux plagiat bien vite démasqué, aux paroles impertinentes. Elle n’oublierait jamais son Harlan, et il le savait ; du moins, il l’aurait su.

Son trouble concernait l’autre aspect de l’expérience : le paradis vert, luxuriant, calme et reposant, habité de créatures aussi mignonnes qu’incongrues ; pas pour ce qu’il était : un havre de paix, mais pour ce qu’il n’était pas : réel. Ce mirage, aussi séduisant soit-il, n’avait pas d’emprise sur la jeune femme, justement parce qu’il était illusoire. Ce n’était pas une question de principe, mais une crainte. La crainte que le retour à la réalité soit brutal. La crainte de retrouver la fadeur du quotidien. La crainte que ce bonheur irréel ne devienne un but inatteignable. Le danger du paradis artificiel lui était apparu dès les premiers pas, et nul doute que le prix se paierait à crédit si elle y succombait. Quelle différence avec les substances addictives et hallucinogènes – mais aussi apaisantes – qui s’échangent sous le manteau dans les venelles des cités ?

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » ven. mai 24, 2019 8:38 pm



Les arbres de la clairière s'estompent à mesure qu'elle ferme les yeux. Le pépiement des oiseaux se fait de plus en plus délicat, et dans le lointain, les bruits provenant de la cascade se font moins présents, ne laissant subsister dans l'air qu'une légère brume, qui laisse place, elle aussi, à une douce chaleur. Difficile de dire combien de temps s'est écoulé avant qu'elle n'ouvre les yeux, mais elle est allongée sur le sol, un sol certes un peu froid mais que ses sens ensommeillés associent au fur et à mesure à celui de la caserne, à cette caverne secrète portant le nom de "Salle des Érudits", et qui a été le point de départ d'une ... extraordinaire aventure, dont le souvenir, tel un rêve, flotte encore aux lisières de sa conscience. Des sensations fugaces continuent à se faire sentir quand elle ferme les yeux, des odeurs rémanentes qui se mêlent à celles de la pièce, la brume est encore présente, devant ses yeux qui fixe le plafond, et sur ses joues, roulant jusqu'à ses lèvres... elle a même un étonnant petit goût salé. Est elle en train de pleurer ? Pas besoin de porter la main à sa joue pour en acquérir la certitude, il lui suffit de faire le tour de son âme. Effet inattendu du voyage, et peut être des émotions trop longtemps enfouies, refoulées, ignorées, tues. Elle reste un moment sur le dos, seule dans la pièce, le bras passé sur les yeux, à laisser les larmes s'écouler... Bien qu'il y ait un fond de tristesse diffus, on ne remue pas les vieux souvenirs sans conséquences, elle se sent un peu plus légère, à mesure que le temps passe, comme si elle se libérait d'un lourd fardeau dont elle mesurerait l'ampleur à mesure qu'il s'évacue.

Elle finit par se relever, essuyant ses yeux et se recoiffant, les yeux encore un peu dans le lointain, un sourire naissant sur son visage fatigué. Toujours un peu pensive, elle se dirige vers le premier étage, appréciant le silence qui règne dans la bâtisse, malgré les grincements intempestifs du vieux parquet ; parvenue devant son lit, elle défait machinalement les sangles de ses épaulières, et elle se laisse tomber sur sa couche, ne faisant de concessions à la décence qu'en ôtant ses bottes grâce à la technique éprouvées des doigts de pied agiles. Sa tête posée sur l'oreiller, elle ferme les yeux, et le sommeil ne tarde pas à la cueillir. Sa dernière pensée consciente fait naitre une petite angoisse : si toute cette aventure n'était qu'un rêve, qu'en restera t il au matin ?


* * * * * * * * * * *

Dans le ciel, poussés par un vent d'ouest nonchalant, se prélassent les fins nuages qui ne parviennent pas à contenir l'ardeur de l'astre du jour dont la lumière éclaire un vaste paysage de montagnes érodées, de vallées étroites traversées par des cours d'eau tranquilles serpentant entre les forêts de conifères et les bambouseraies touffues. L'air est limpide, à peine troublé par les trilles d'un rossignol ou les roucoulements des tourterelles, que les cerfs affamés écoutent d'une oreille distraite en mangeant l'herbe tendre qui pousse le long des chemins. Tout est ordre et beauté, luxe, calme et volupté, pour reprendre les mots du poète. C'est probablement pour ça que son maitre a choisi cet endroit pour l'entrainement du jour. Allongée sur le dos, bras derrière la tête, elle reprend son souffle, appréciant la tranquillité des lieux, après l'intensité des affrontements qui a vu les deux combattants s'opposer sur des styles très différents, se mêlant au final pour créer une chorégraphie où le maitre de ballet n'a pas toujours eu le dernier mot, ce dont il semble tirer une certaine satisfaction, pour preuve son sourire, presque aussi rare que bière sans mousse.

- Je ne me souvenais plus de cet endroit, maitre, il est si apaisant. Presque autant que le dernier que nous avons visité
- Hmm, c'est normal, Saison de Fer, puisqu'il fait écho à cette dernière expérience.

Se redressant sur les coudes, elle regarde autour d'elle puis se tourne vers son maitre.

- Ça veut donc dire que je suis encore en train de rêver. Tout cela est il condamné à disparaitre quand j'ouvrirai les yeux ce matin ?
-Oui, car c'est dans la nature des rêves d'être ainsi. Ils sont le reflet de nos souvenirs, de nos expériences même les plus insignifiantes, nous plongeant parfois dans un brouillard de doute ou comme ici, dans un moment de plénitude, et tout cela peut paraitre transitoire. Mais nous nous nourrissons d'eux, comme ils se nourrissent de nous. Les rêves sont éphémères, mais ce qu'ils font naitre en nous ne l'est pas. Tu peux les voir comme des chemins qui mènent aux diverses régions de ton âme.
- Et donc, si je suis un de ces chemins, je finirai par trouver...
- Ce que tu auras apporté avec toi.

* * * * * * * * * * *

Assise sur le bord de son lit, dans la semi obscurité du dortoir au petit matin, Caithness se remémore les éléments de son rêve ; certains sont plus fuyants qu'une truite pêchée à mains nues, mais d'autres sont encore très vivaces, et l'accompagnent tout au long des activités de la matinée. Et ces souvenirs font écho à d'autres souvenirs, d'autres paroles prononcées avant et pendant le voyage onirique, et d'un seul coup, tout semble faire sens pour elle : ce périple a permis à ses participants de faire face à leurs tourments intérieurs, qu'ils ont du affrontés individuellement mais aussi et surtout avec le reste du groupe, chacun partageant les craintes, les angoisses, les peurs et les blessures des autres, se soutenant à tour de rôle, créant de nouveaux liens et renforçant ceux déjà établis. Mais surtout, le vrai cadeau de ce voyage ne résidait pas simplement dans le but à atteindre, ou le fait de découvrir un petit coin de nature préservé, aussi agréable et parfumé qu'il fut, mais bien dans le périple lui même, dans toutes les oppositions rencontrées et les accomplissements réalisés... Car finalement, s'il a semblé durer le temps d'un rêve, et s'estomper de la même manière, ses effets se font sentir bien après son achèvement. Peut on affirmer le caractère illusoire d'un lieu qui a eu tant d'effet sur ceux qui l'ont visité, comme un rappel qu'il est possible de faire face, que l'espoir est toujours là, qu'il convient de le chérir et de pas l'oublier ? A chacun d'apporter sa réponse, probablement.

Assise à son bureau, devant une pile de documents administratifs, Caithness regarde par la fenêtre. Le ciel est encore un peu gris, mais le soleil dessine de magnifiques gloires entre les nuages. Dehors, plusieurs des gamins qui ont profité des soins rendus possibles grâce aux divers mécènes jouent entre les arbres et le terrain d'entrainement, leurs rires montant jusqu'à elle.

Pas de corbeau en vue.

Sous sourire s'agrandit.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Grisold Folépine
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Re: Fil de vie

Message par Grisold Folépine » dim. mai 26, 2019 8:08 am

Grisold passait moins de temps dans la salle des Érudits, depuis qu'ils étaient revenus de leur étrange expédition à mi-chemin du rêve et de la réalité. Elle se rendait souvent sur un promontoire rocheux non loin de la caserne et du glouglou de la cascade. Elle demeurait longtemps là, comme si elle méditait, en tailleur, son bâton aux couleurs mordorées sur ses genoux osseux. Elle fixait la course du soleil comme pour en saisir une vérité qui lui échappait encore.

Comme l'astre du jour, la Grisegarde avait accompli sa révolution. Ils perdaient des hommes, en retrouvaient certains, abattaient des ennemis et attendaient la prochaine mission, recommençant inlassablement le même cycle. Tout était revenu dans l'ordre. Le vieux loup occupait de nouveau son tabouret, Karkanos Greyford était de nouveau parmi eux, sa sœur aussitôt repartie... Même Isaach Adelberg avait retrouvé sa fonction à travers l'héritage de son bâton, dans la salle des Érudits. Dans un geste mystérieux, il continuait de guider la Grisegarde de son savoir en leur indiquant ce rituel dans le grimoire de Toliren.

Grisold porta son attention sur son bâton aux reflets d'automne. Tout était revenu dans l'ordre. Mais tout n'était pas exactement pareil. Toliren ne reviendrait pas, et son souffle d'émeraude serait à jamais teinté de cette vague mélancolie d'arrière-saison. C'était peut être cela, vieillir. Elle avait tenté au moins de guérir les plaies de la meute, elle qui n'avait jamais songé à apprendre à user de la nature pour soigner. Les plaies physiques étaient soignées, certains avaient affronté leurs peurs et le poids de leur culpabilité.

D'autres s'accrochaient à la souffrance comme une compagne d'infortune, retenant ce qui ne pouvait l'être. Pour ceux-là le temps ferait son office un jour, peut être. Elle avait partagé avec tous ce lien unique à travers cette épreuve de soi. Un voyage qui devait se faire de l'intérieur avant que d'impacter la réalité et l'avenir.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » mer. mai 29, 2019 5:35 pm


- "Madame ! madame ! Y'a un drôle d'oiseau qui joue avec Kalioss et Nessa ! J'peux aussi jouer avec lui ?"

Sourcils légèrement froncés, Caithness termine de positionner les langes de son patient nouveau né avec l'épingle à nourrice qu'elle a coincé entre ses lèvres, avant de relever la tête en direction de la petite fille qui, après avoir couru dans sa direction, reprend son souffle, les yeux pétillants et le bras tendu vers un des grands arbres qui font de l'étang d'Olivia un coin si prisé des pêcheurs, malgré l'afflux récent de population.

- "Qu'est ce qu'il a de si drôle, cet oiseau?" s'enquiert alors la toubib en s'essuyant le front du revers de la main, après un regard vers le petit attroupement qui commence à se former dans la direction indiquée.
- "Oh bah il est drôlement effronté", commence la gamine qui bute un instant sur le mot, avant de poursuivre sur un ton rapide, "il s'est perché sur la tête de Kalioss d'abord, pis y s'est envolé quand on a rigolé devant la tête qu'y f'sait, avant de s'poser sur l'épaule de Nessa qu'osait p'u bouger d'un poil ! Alors je m'suis souv'nue qu'un des "Kal d'oreilles" avait dit que ces oiseaux, bah y sont plus malins qu'on pense, et qui faut pas les ..."
- "Holà, doucement, et pense à respirer, tu deviens toute bleue comme une elfe justement", dit le médecin en recoiffant la fillette, dont le sourire s'est élargi à l'écoute de la comparaison avec le "peuple des bois" qui fascine tant les enfants du camp. "Allons voir ça, tu me raconteras le reste en chemin."

La prenant par la main pour l'emmener aussi vite que ses maigres jambes peuvent la porter, la gamine poursuit son récit, fait de pirouettes, d'instants de surprise, et de cris de joie, tout en se dirigeant vers le petit groupe, lançant des "Poussez-vous, poussez-vous !" bien inefficaces dans un premier temps, jusqu'à ce que quelques têtes se tournent et qu'un petit corridor se crée pour les laisser passer. Et là, quelle n'est pas la surprise de Caithness de voir un oiseau de belle taille posé à même le sol au milieu de la bande surexcité des enfants toujours plus nombreux, dont les cris devraient pourtant l'avoir fait fuir depuis longtemps, et qui se contente de se dandiner vers les plus audacieux qui tendent une main un peu tremblante en direction de son bec, qu'il effleure comme pour la sentir. Dominant tout ce petit monde d'une tête ou deux, elle n'a aucun mal à reconnaitre un corbeau à son plumage si caractéristique. Un court instant, un léger sentiment de malaise se fait jour en elle, comme si l'animal réveillait des souvenirs incertains et troubles, et quand l'animal tourne la tête vers elle, croassant comme en écho à ses pensées, elle se fige. Et soudain, dans un tourbillon de fumée, l'oiseau laisse place à un homme de grande taille, vêtu d'une grande robe aux couleurs chaudes de l'été, cousue d'amulettes mêlant habilement minéraux et végétaux, tenant un bâton sur lequel une vigne vierge est enroulée, étalant feuilles et fleurs aux rayons d'un soleil toujours plus présent. Mais c'est la couleur de sa chevelure, entre le chaume et le cuivre, son regard pétillant souligné par de petites pattes d'oie et le demi sourire étirant ses lèvres fines qui permet à Caithness de passer de la perplexité à la surprise, puis à la joie, dessinant à son tour un large sourire sur son visage et achevant de convaincre les enfants, dont la plupart, mais pas tous, avaient pris leurs distances avec le phénomène, qu'il n'y a pas de danger immédiat.

- "Comment se porte la plus belle de mes cousines ?" s'exclame alors l'individu, d'une voix un peu rocailleuse.
- "Tu veux dire, la seule qui soit à portée de compliment, n'est ce pas ?" répond la dame avec un brin d'amusement dans le regard, avant de le poser sur les enfants que la surprise a réduit un instant au silence. "Grands dieux, Heathclyff, je vois que tu cultives toujours le goût des entrées en scène inoubliables."
- "Que veux-tu, on ne se refait pas... Et puis, pour ces enfants, c'est une occasion de voir un peu autre chose que les toiles de tente pour demeures et les murailles de la cité comme montagnes dans le lointain." dit il en décoiffant un des gamins les plus curieux.
- "Il ne fait aucun doute que tu as trouvé ton public ici."

Le duo s'arrête en voyant une toute petite fille approcher d'une marche un peu mal assurée mais avec un air déterminée sur sa petite bouille ronde entourée de tresses sommaires.
-"Volé oizo enko" babille t elle en pointant un petit doigt baveux en direction du sorcier qui, un grand sourire sur les lèvres, s'agenouille devant elle, ce qui l'incite à répéter sur un ton réjoui : "enko volé ? di oizo vol enko ?" Continuant à sourire, Heathclyff se tourne vers sa cousine.
- "Je maitrise les tournures des principaux patois de Gilnéas et de la forêt d'Elwynn, ainsi que les bases de la langue elfique mais je ne reconnais pas celui là... Et toi ?"
- "Oh, sans trop m'avancer, je dirais qu'elle te demande de faire voler l'oiseau encore", dit cette dernière avec un grand sourire en voyant la petite fille hocher vivement la tête.
- "Oh, suis je bête ? Non, je t'en prie, ne te donne pas la peine de répondre... " puis se tournant vers la gamine attentive " l'oiseau doit se reposer un peu mais, j'ai une idée : que dirais tu de voir les petites fées qui m'accompagnent dans mes voyages et qui veillent sur moi ?" La petite fille le regarde, sourcils froncés, sans doute un peu déçue avant de saisir la nouvelle proposition, et opiner du chef une nouvelle fois. Toujours à genou, le sorcier fait alors un petit trou dans le sol à ses pieds et y plante son bâton. Puis il ferme les yeux un instant, murmurant des mots trop bas pour être compris et quand il les ouvre, la vigne vierge qui entoure l'artefact se met à frémir, puis onduler comme un serpent végétal, se couvrant de fleurs de toutes les couleurs, qui éclosent rapidement, libérant des petites formes lumineuses et vrombissantes, qui viennent tourner autour des fleurs, avant de commencer à faire des acrobaties devant les yeux des enfants fascinés. Se relevant, souriant au spectacle, il pointe du doigt trois des formes lumineuses : "Voici Thali, Nalli, et Lanni qui m'accompagnent partout, et veillent sur moi et Drasil, leur bâton. Je vous le confie pendant que je discute avec ma cousine, d'accord ?" Hochements de tête général, les adultes s'éloignent de quelques pas, non sans que Caithness ne lance un regard admiratif au sorcier.
- "Je ne te savais pas aussi doué avec les enfants, on dirait que tu as fait ça toute ta vie."
- "Et pourtant ... mais figure toi que c'est une enfant qui m'a montré la voie."
- "Tu as trouvé un nouveau maitre pour t'enseigner la patience alors ?"
- "Ah ! Ça aurait pu, mais cela s'est fait plus simplement ... et de façon tout à fait inattendue. Quelques semaines avant la Chute du Mur, mon maitre, ce vieux renard, m'avait envoyé, soit disant pour faire une course auprès d'un herboriste résidant dans la capitale. mais en arrivant à Gilnéas, je me suis perdu dans le dédale de ruelles et j'ai du demander mon chemin à plusieurs reprises. Plus j'avançais, plus j'étais envahi par un sentiment de doute. j'ignore si cela avait un rapport avec l'atmosphère qui régnait alors dans la ville, mais parvenu à destination, pas d'herboriste. Tout juste un petit attroupement autour d'une roulotte, où une devineresse proposait ses services. Je me suis approché pour lui demander ce qu'elle voulait en échange, et, comme beaucoup de personnes touchées par la disette qui sévissait alors, elle souhaitait avant tout pouvoir nourrir ses enfants. N'ayant rien qui puisse l'aider, j'ai poursuivi ma route, jusqu'à ce qu'un des Pères Arbres poussant sur la place de la cathédrale ne me fasse don du contenu d'un nid abandonné, sous la forme de quatre œufs. Rebroussant chemin, j'ai proposé les oeufs à la diseuse de bonne aventure qui a accepté de regarder dans mon avenir en échange. mais entretemps, j'avais laissé mon bâton, que je portais plus comme une charge que comme un véritable allié, à une gamine qui semblait attendre son tour elle aussi. Ne faisant pas confiance aux cartes, j'ai tendu ma main afin que la devineresse puisse officier... je ne me souviens plus des mots exacts qu'elle a prononcé, mais il était question d'épreuve et d'accomplissement, d'un changement dont je sortirai grandi, changé ou victorieux, je ne sais plus... je pense qu'elle parlait de ce qui allait advenir de Gilnéas et de ses habitants. Mais alors que je réfléchissais sur le sens de ses paroles, la gamine m'a ramené mon bâton ... qu'elle avait fait fleurir de la plus belle des façons. J'ai presque hésité à le reprendre, mais je l'ai fait, remerciant la jeune fille qui m'a rendu mon sourire avant de s'éloigner d'un pas sautillant. C'est étonnant d'ailleurs, quand je me remémore la scène, je la vois en compagnie d'un loup, et il y avait une fouine et un corbeau non loin ... Toujours est il qu'en reprenant le bâton, j'ai eu comme une sorte de révélation : ce qui suffisait à mon bonheur était déjà avec moi, et c'est cette gamine qui m'en a fait prendre conscience. Depuis, je tache de transmettre aux enfants un peu de ce que j'ai appris ce jour là"
- "Merveilleuse intuition que celle des enfants. Et cette enfant, tu l'as revu par la suite ?"
- "Non, et je le regrette, mais elle m'a donné son nom alors : Grisold. Qu'y a t il ma cousine, à voir ta tête, on dirait que tu la connais ?"
- "Hum, cela se pourrait, mais ce serait une bien étrange coïncidence .. Quand dis tu que cela s'est produit ?"
- "Peu avant la Chute et le Grand Cataclysme, donc il y a huit ans à peu près."
- "Les dates pourraient correspondre ... Et si tu l'as vu en compagnie d'un loup, cela pourrait s'expliquer également" Sourire "Mais revenons en plutôt à toi : que fais tu à Hurlevent, hormis entretenir ta popularité auprès des enfants ?"
- "Ayant repris la charge de mon maître à sa mort, je participe aux conclaves organisés par les sorciers des moissons et les druides, qui se tenaient à Teldrassil et qui ont désormais lieu ici, pour les raisons que tu devines. Lors du dernier rassemblement, un vieux sorcier, Ashton Deux Orages, nous a adressé une étrange mise en garde : selon lui, une grande douleur se prépare depuis le fond des mers. Et ce sentiment est partagé par plusieurs autres confrères ; il a donc été décidé d'en informer le Roi Genn afin qu'il puisse conseiller le Haut Roi Anduin à son tour. Et je fais partie de la délégation chargé de transmettre le message."

Revenant vers le bâton planté dans le sol, le sorcier fait naitre un nouveau sourire pour faire disparaitre l'air sérieux et légèrement soucieux qui est venu habiter ses traits à mesure qu'il énonçait les raisons de sa présence. D'un petit geste de la main, il invite les petites formes bourdonnantes à revenir vers les fleurs, qui se referment malgré quelques cris et protestations chez le jeune public. Puis il le retire du sol et le replace dans son dos, adressant un grand geste de la main pour dire au revoir à tout ce petit monde.
- "Au revoir les enfants, merci d'avoir veillé sur Drasil, Thali, Nalli et Lanni !" Puis se tournant vers Caithness "A bientôt, ma cousine ! Maintenant que je sais que tu es si bien entourée, je repasserai te voir. Prends soin de toi et des tiens." Et dans un nouveau nuage de fumée, sa silhouette s'estompe, laissant la place à celle d'un corbeau qui prend rapidement de la hauteur; que la toubib suit des yeux un moment avant de regarder vers le bas, sentant une traction sur son tabard.
- "Oizo pati ?" dit la petite fille, dont les yeux brillent autant que son nez est morveux. Elle se penche pour la moucher avec un morceau de tissu propre, puis la prend dans ses bras pour la ramener à ses parents.
- "Oui, ma chérie, l'oiseau est parti mais il reviendra. Les corbeaux reviennent toujours."

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Karkanos Greyford
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Re: Fil de vie

Message par Karkanos Greyford » ven. juin 07, 2019 11:47 am

Se curant les dents en glandant sur sa rambarde, Greyford passa une bonne partie de sa soirée à simplement regarder la parcelle de champ complètement pourrie par son "engrais". Le paysagiste Ed allait encore lui remonter les bretelles, mais le Worgen s'en moquait. Il n'était plus une simple recrue qui pouvait compter sur ses supérieurs pour assumer la responsabilité de ses actes. Dorénavant, il devait être un soldat, qui donnerait peut-être, l'espérait-il, l'exemple à de futurs nouveaux comme lui.

Bien sûr, il était très heureux et fier de sa nouvelle promotion. Pour Greyford, c'était l'achèvement d'un réel objectif de vie, mais pourtant, alors qu'il était toujours oisivement avachi devant l'entrée de la caserne, il se rendit compte que ça ne lui suffisait pas totalement. Il voulait faire plus, et ne pas se reposer sur ses lauriers. Pour réussir de nouveaux objectifs, il devait continuer à évoluer comme il l'avait fait depuis son arrivée à la Grisegarde.

Karkanos se releva finalement, il se craqua quelques articulations, et rentra à l'intérieur pour continuer à apprendre l'ingénierie et sa théorie. Il ne savait pas exactement si une occasion de briller se présenterait un jour, mais la patience et l'assiduité ne pouvaient être que bénéfiques pour le jeune Worgen. Il s'installa sur son lit, ouvrit le manuel que lui avait fourni son mentor, et commença à le potasser. Greyford s'arrêtait un instant après avoir commencé le bouquin.

"-Putain, j'espère qu'on va bientôt repartir en mission." se dit-il, fixant les couchettes encore vides de ses pairs.

Il reprit ensuite sa lecture.

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Karkanos Greyford
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Re: Fil de vie

Message par Karkanos Greyford » dim. sept. 15, 2019 6:53 pm

Alors qu'il était perché sur la rambarde de la caserne, le jeune Worgen attendait patiemment le lever du soleil. S'il avait l'impression de beaucoup moins voir ses pairs depuis quelques temps, et que son voyage prolongé aux Grisonnes n'avait rien arrangé, il attendait l'entrainement matinal avec impatience, l'occasion pour lui de pouvoir continuer à courir avec la frères et sœurs.
Qu'importe que la Meute soit en "arrêt" pour Greyford, il fallait optimiser ce temps à tout prix. Continuer à s’entraîner pour garder la meilleure condition physique possible, et poursuivre les études d'ingénierie pour remplir le vide intellectuel que lui avait laissé son ancienne vie.

Karkanos regarda le ciel étoilé qui était timidement dissimulé par quelques nuages. Le soleil n'allait pas pointer le bout de son nez avant quelques heures. Donc, il fallait optimiser le temps. Il bondit hors de son perchoir, remonta dans les dortoirs d'un pas sibyllin pour récupérer ses outils, et partit pour l'atelier de son mentor, non-loin dans le quartier des nains. Il passa tout le reste de la nuit à travailler sur des moteurs abîmés de tout type de machine qu'il avait à disposition, pour en comprendre la moindre subtilité mécanique. Par ailleurs, il dégagea même un créneau horaire pour étudier des réactions chimiques, sa dernière tentative d'engrais à citrouille s'étant transformée en une espèce de pâtée verdâtre et corrosive. Il lui fallait plus de connaissances, et de pratique.

Greyford n'arrivait décidément pas à s'ennuyer ici, il était bien chez lui, et heureux d'être rentré du Norfendre.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » ven. sept. 20, 2019 2:48 pm


- Eh voilà, j'crois qu'on est arrivé chez vous, m'dame... pardon ! Sergent, j'voulais dire !

La phrase du jeune garçon sort Caithness de ses pensées. Elle se rend compte que le port est déjà loin derrière et que les environs ne bruissent plus de l'agitation coutumière des ruelles autour du port de Hurlevent. Ici, les murs de pierre des maisons, serrées les unes contre les autres, ont laissé la place au vaste espace aménagé au nord de la capitale, où une partie de la population, complétée de nombreux réfugiés, a trouvé refuge pour échapper à la misère qui sévit dans les Marches. Elle parcourt des yeux les terres mises en culture, autour desquelles sont encore plantées de trop nombreuses tentes, signe que la situation ne s'améliore pas encore. Elle n'est cependant pas aussi terrible qu'il n'y parait au premier abord, comme en témoigne l'activité qui règne dans les champs, où paysans gilnéens et druides elfes œuvrent de concert pour que la terre donne le meilleur d'elle même, afin de nourrir tout le monde.

- J'vous accompagne jusqu'au carrefour, ensuite j'd'vrais faire demi tour, parce que mon onc' Lawrence va avoir besoin de Sally lui aussi

dit le gamin, en désignant du pouce la stoïque mule qui porte une impressionnante collection de sacs, dont les affaires de la Grisegarde.

- Je ne veux pas te mettre en retard, Tom, c'est déjà très gentil à toi de m'avoir proposé les services de Sally jusque là.
- Pas d'problème, m'dame sergent, c'est une 'tite façon pour nous de vous r'mercier, vous et les aut', pour se que vous avez fait pour nous quand on était sous les tentes !
- Et je suis heureuse de voir que tu as pris le relais auprès de ceux qui sont encore dans le camp des réfugiés. C'est très important pour moi, tu sais, surtout en ce moment.
- Ouais, on dirait que vous en avez vu de belles, là où vous étiez. Bon, vous êtes sûre, je vous laisse là ?
- Affirmatif, jeune homme. Laisse mon sac ici, et prend ça. Tu salueras ton oncle de ma part.
- Pour sur, j'n'y manqu'rai pas, m'dame sergent.


dit le gamin en faisant miroiter la pièce d'argent au soleil, avant de la ranger prestement dans sa poche, et de défaire les lanières qui retiennent le sac de Caithness. Celle-ci charge alors son barda sur son épaule, adresse un dernier salut de la tête au garçon qui a entrepris son demi-tour, et elle se dirige elle même vers la silhouette de l'austère bâtisse qui sert de caserne à la Grisegarde depuis plusieurs mois maintenant. De loin, le bâtiment ne paye vraiment pas de mine, mais c'est tout à fait en harmonie avec les soldats de Gilnéas, qui préfèrent la sobriété et la discrétion pour l'exercice de leur mission. A mesure que ses pas la rapprochent de l'entrée, elle sent monter en elle cette petite chaleur qui lui indique qu'elle rentre à la maison. Et cela fait naitre un sourire sur ses lèvres. Remontant le dernier sentier qui longe un champ de citrouilles, avant d'arriver à l'entrée proprement dite, elle note les traces manifestes d'activité ça et là, comme certaines citrouilles présentant un aspect passablement explosé, quand d'autres semblent avoir subi les effets d'une sorte d'acide, les transformant en flaques vertes et, elle en jurerait malgré la distance, odorantes. Elle note d'ailleurs que le paysan penché sur les deux citrouilles les plus proches semble du même avis. Il lève la tête en la voyant passer de l'autre côté de la clôture, et commence à se diriger vers elle. Pressentant que l'homme va se répandre lui aussi, mais plutôt en interrogation, voir en récrimination, elle se contente de lui adresser un petit signe de la main pour le saluer, un sourire et elle s'engouffre à l'intérieur du périmètre de la caserne, faisant mine de ne pas entendre l'homme qui l'appelle. Elle s'en veut un peu pour cette attitude si peu courtoise, surtout entre voisins, mais les préoccupations qui assaillent encore son esprit, ainsi que la fatigue du voyage lui servent à écarter, au moins temporairement, les regrets qu'elle pourrait concevoir.

Cherchant du regard un signe d'occupation récente des locaux, elle note, sur la table où le commandant Rouillevent s'installait habituellement, la présence de quelques feuillets abondamment couvert de croquis, d'ingénierie pour ce qu'elle peut en juger, ainsi que des résidus de poudre et des coups, qu'elle associe à un marteau, ou une clef qui aurait servi de la même manière. Nouveau sourire. Le sac sur son épaule commence à se faire un peu lourd, elle prend donc la direction de l'escalier qui mène à l'étage, vers le dortoir, où l'odeur du parquet anciennement ciré vient effleurer ses narines. Quelques pas encore qui font grincer les lattes, et la voilà devant son lit, aussi impeccable que si elle l'avait quitté la veille. Elle pose son sac à côté de l'armoire qui fait office de penderie commune, et s'assoit sur le coin du matelas. Elle reste pensive un instant, et finit par s'accorder une petite pause, s'allongeant pour contempler le plafond, et les poutres qui auraient bien besoin d'un coup de plumeau à l'occasion. Confortablement installé dans son lit, pourtant aux normes réglementaires, mais considérablement plus moelleux que les buches sur lesquelles elle a du passer de si longues nuits, dans le Norfendre, elle ferme les yeux et s'assoupit un instant.

Tant pis, la paperasse attendra demain matin.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » dim. sept. 22, 2019 3:06 pm


- Vous devriez éviter de tourner le dos à la porte, on ne sait jamais vraiment qui peut en franchir le seuil...

Assise dans la salle commune de la caserne, penchée sur la pile de rapports en souffrance depuis trop longtemps, c'est à peine si le sergent Beaupré réagit aux paroles de celle qui, conformément à ses habitudes, est entrée sans se faire annoncer, malgré les directives qu'elle a données. Cela devrait probablement l'irriter, ou, à tout le moins, la faire soupirer, mais, en la circonstance, cela fait juste naitre un demi sourire sur ses lèvres, avant qu'elle ne réponde, sans se retourner

- C'est vrai, il y a tellement de gens sans gène ici. Ce n'est pas comme si le planton n'existait pas, hein ?

Bruits de bottes sur le parquet .. ou plutôt parquet qui grince et qui témoigne qu'on se déplace sur ses lattes abimées. Caithness prend conscience du parfum, subtil mélange de fleurs mouillées et de cuir traité, qui émane de son interlocutrice, à mesure qu'elle s'avance dans la pièce, comme on prend possession d'un château, jusqu'à la table encombrée de feuillets, de plumes et d'un encrier déjà presque vide. Posant une main gantée à côté de la grisegarde, elle se penche par dessus son épaule, parcourant rapidement les documents qui retiennent l'attention de son alliée. Arquant un sourcil, celle-ci tourne alors légèrement la tête, pour voir le demi sourire qui orne également le visage de la kaldorei, son profil aquilin en si grande adéquation avec son rôle de chasseresse, les mèches de cheveux couleur vert feuille qui viennent batifoler sur son front haut, l'éclat bleuté de ses yeux qui continuent à la fasciner après tant de journées passées ensemble pour cette mission dans le Norfendre. Si l'elfe se sait ainsi détailler, elle n'en manifeste aucune signe de gène ou d'agacement.

- Vous mettez la dernière main à une nouvelle demande de renforts auprès de votre hiérarchie ?

La question a été posée d'une voix douce, mais professionnelle, comme celle qu'on emploie sur le champ de bataille pour faire part à son allié que ses préoccupations sont aussi les vôtres. Revenant au rapport qu'elle était en train de rédiger, la grisegarde esquisse une petite moue, avant de répondre :

- Aux autorités de la ville, en fait. L’Intendance et l'État-major ont bien trop à faire en ce moment pour se priver même de la moindre recrue. Cependant, on ne peut se permettre nous aussi de continuer à tourner ici en effectifs trop réduits, ne serait ce que pour assurer le bon fonctionnement et la sécurité de la caserne, quand nous sommes là, et à plus forte raison quand nous sommes en mission. Le simple fait que vous soyez entrée ici sans que j'en sois informée au préalable en dit long.

L'elfe pose les yeux un instant sur son alliée, avant de se redresser en souriant plus largement ; Caithness sait pertinemment que bien peu d'endroits sont à l'abri des intrusions de l'elfe, mais celle-ci a le bon goût et la décence de ne pas le lui rappeler, trop explicitement en tout cas.

- C'est en grande partie la raison de ma présence ici : si, comme je le crois, nous sommes de nouveau appelées à œuvrer de concert, je ne peux décemment pas vous laisser dans un si grand dénuement. Cela finirait par faire de vous la proie des doutes et des interrogations, érodant votre attention quand nous serons en manœuvre, ce qui serait bien évidemment préjudiciable pour tout le monde.
- Ne croyez pas que je fais preuve d'ingratitude, mais la Grisegarde a toujours su surmonter ce genre de choses...
- Je vous crois, sergent Beaupré, mais je me fie également à mon expérience : la gestion des contingences matérielles a parfois des effets délétères sur le long terme. Je peux anticiper cela, alors je le fais.
- Hum. Et que comptez vous faire pour cela, chasseresse Vertecime, vous enrôler parmi nous ?


L'elfe la scrute alors de son regard bleu froid, que l'humaine soutient, battant des cils par intermittence, comme si cela allait inciter son interlocutrice à répondre plus vite. Mais celle ci se contente de la regarder, comme plongée dans une profonde réflexion. Un instant, Caithness pense qu'elle va hausser les épaules pour rejeter cette offre faite en forme de boutade.

- Vous me feriez une place dans votre meute, sergent Beaupré ?

Surprise par la réponse, cette dernière sourit pour cacher son trouble et hausse les épaules.

- Je ne suis techniquement pas en charge du recrutement, mais je vous ai vu en action, vous avez fait vos preuves là bas. Votre candidature serait inhabituelle, mais elle pourrait se défendre.
- Intéressant. Mais ce n'est pas ce que j'avais en tête en venant : j'ai reçu autorité d'Alyana Coursétoile, une des proches conseillères de Dame Pennelune, sur un des contingents de Sentinelles détachées dans votre capitale pour veiller sur les réfugiés de Teldrassil. J'ai pris la liberté d'affecter trois d'entre elles à la surveillance de votre caserne.
- C'est très aimable à vous, mais qu'en-est-il de leur mission auprès des réfugiés ?
- Elle demeure, mais vous avez sans doute remarqué que le camp des réfugiés est à vos portes, non ?
- Oh, je vois. Ainsi vous faites d'une flèche deux tirs : vous poursuivez votre mission, tout en nous aidant à moindre frais.


Dit la grisegarde en étirant un sourire. L'elfe l'observe alors en plissant les yeux, son regard bleu prenant une teinte qui rappelle la vieille glace.

- Les Sentinelles sont tout à fait aptes à remplir plusieurs rôles, sergent. Mais si vous estimez pouvoir faire mieux avec les autorités de cette ville, je vous laisse terminer votre demande, la quatrième je crois ?
- Doucement, chasseresse Vertecime, je vous taquinais, c'est tout.
- Les humains... l'humour. J'oublie toujours. Bon, alors si cela vous convient, je voudrais vous les présenter.
- Comment ? ... Maintenant ?
- Oui, maintenant. Elles sont venues avec moi, et nous attendent dehors.
- Eh bien, il semblerait déjà qu'elles, au moins, fassent preuve d'un certain savoir-vivre... Je plaisante encore, chasseresse Vertecime !


Reposant la plume qu'elle tenait dans la main, Caithness se lève alors, jette un dernier coup d’œil sur la table, et se dit qu'un petit tour ne lui fera pas de mal. Dehors, l'automne est arrivé en douceur, avec son cortège de feuilles innombrables. Mais au moins celles-là n'exigent pas d'être lues et compilées dans un dossier administratif.
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Karkanos Greyford
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Re: Fil de vie

Message par Karkanos Greyford » mar. sept. 24, 2019 1:17 am

"Greyford a tout entendu, mais il n'a rien compris" se dit le jeune Worgen, l'oreille collée à la porte de la pièce dans laquelle se trouvait le sergent Beaupré et une mystérieuse intruse. Que pouvaient-elles manigancer ensemble ? Karkanos se gratta la tête, curieux de nature, et regarda son petit assistant mécanique, qui attendait à ses pieds pour recevoir de nouveaux ordres. "Scrumphy, c'est impoli d'écouter aux portes, on a du boulot." lança-t-il au robot avant de sortir de la caserne, lunettes sur le museau, schémas et outils dans les mains, pour prendre la direction de l'atelier.

Un petit crachin tombait sur Hurlevent, qui faisait ressortir l'odeur d'herbe mouillée. Le Worgen s'arrêta net. "Greyford ADORE cette odeur, AHAHAHAHA.". Il resta quelques minutes en plein milieu d'un chemin, humant à pleines narines le doux parfum de la nature.
"Tu sais ce que ça veut dire ça, Scrumphy ? C'est que je suis VIVANT." s'exprima-t-il en faisant de légers sauts sur place, alors que le petit robot balayait de sa lampe torche le sol trempé par la pluie.

Alors qu'il s'extasiait, des images de son récent voyage au Norfendre vinrent lui saper le moral, lui rappelant l'échec de sa mission. Greyford s'arrêta net, et baissa les yeux et les oreilles. La pilule avait visiblement toujours du mal à passer, malgré ce qu'il voulait se faire croire à lui-même. "Commandant Greyford, je détecte un arrêt significatif de vos fonctions motrices, dois-je en informer votre hiérarchie au plus vite ?" demanda Scrumphy en brisant le silence. Karkanos tourna son regard vers le petit robot, dont la pluie venait ruisseler sur la carrosserie et sur l'ampoule. "J'ai essayé de faire tout bien et de tout mon mieux, Scrumphy, et ils m'ont quand même renvoyé." soupira le loup en exprimant enfin à l'oral ses pensées.

Le robot resta silencieux, se contentant d'orienter sa lampe torche de gauche à droite et de haut en bas. Greyford ne s'attendait pas à une réponse, à part peut-être une énième phrase prédéfinie et sans aucun sens dont l'assistant mécanique avait l'habitude. Pourtant, alors que Karkanos s'apprêtait à continuer sa route, le robot stoppa son faisceau de lumière sur le visage du Worgen. "Nous sommes utiles ici, commandant Greyford !" répliqua-t-il sur le même ton enjoué que toutes ses précédentes interventions. Si d'un point de vue extérieur, cette phrase pouvait sembler banale en tous points, elle eu le mérite de rendre aussitôt un sourire à Karkanos. "Merci Scrumphy, ça me touche." lui répondit-il alors sincèrement, avant de prendre le robot dans sa main, pour éviter qu'il ne rouille trop à cause de l'eau.

"On a toujours plein de trucs à faire, on va tout reprendre depuis le début." souffla le loup, de nouveau motivé à aller travailler. Si la colonie en Norfendre ne voulait pas de son aide et de ses idées, elles serviraient à d'autres. Pour l'heure, Greyford devait avant tout réparer les dégâts qu'il avait causés dans le champ, et trouver un engrais viable pour se faire pardonner. Il fallait commencer par là.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » ven. sept. 27, 2019 9:44 am


Debout dans l'encadrement de la porte qui conduit de la grande salle commune vers l'extérieur, Caithness regarde la pluie qui arrose Hurlevent depuis quelques heures maintenant.

Irrésistiblement, elle sourit : le léger tambourinement de l'eau qui tombe sur le toit, les murs et les carreaux, le bruit qu'elle fait, entre murmure et gloussement, quand elle dégringole jusqu'au sol, a toujours eu le don de l'apaiser, comme lorsque, pratiquant les figures imposées par son maitre en Pandarie, l'irruption d'une pluie soudaine venait calmer le feu dans ses muscles et emporter avec elle les tensions accumulées pendant les longues heures d'entrainement. Peut être également l'apprécie t elle car c'est aussi un rappel du temps qui passe, et de l'inexorabilité de certaines choses : l'eau coule, du ciel vers la terre ; comme la vie, elle suit son cours, de son émergence à sa disparition, jaillissant à nouveau plus loin, plus tard, sous une autre forme, instaurant un grand cycle que l'instinct reconnait, et que l'esprit peine souvent à qualifier, ne l'appréhendant souvent que partiellement.

Nouveau sourire. C'est aussi pour cela qu'elle l'aime, cette eau qui tombe du ciel, pour sa propension à la faire voyager aussi facilement sur ces sentiers, que le philosophe et le poète arpentent avec bonheur, pendant que le soldat parcourt le chemin du devoir et de la douleur, pour atteindre le même but, trouver sa place dans le monde, mais par des moyens, et pour des motifs, différents, dont la noblesse peut parfois être prise en défaut, mais pas l'engagement.

Relevant le col de sa veste, elle se décide à faire quelques pas, une main sur la rambarde mouillée, jusqu'à la petite clôture qui sépare la cour de la caserne, des champs environnants, où les silhouettes maintenant familières, des druides kaldorei, aidés par un cortège de paysans, encore nombreux malgré la pluie, n'ont de cesse de faire pousser plantes fourragères, fruits et légumes pour les réfugiés de Teldrassil et Gilnéas. La noria de brouettes ne semble pas se tarir non plus, et il y a souvent des femmes et des enfants pour faire rouler les véhicules, parfois deux ou trois, surtout maintenant que la pluie a rendu les sols lourds et collants. Quelques planches ont bien été jetées ça et là pour faciliter les déplacements et éviter les plus grosses ornières, mais elles ne sont clairement pas assez nombreuses. Peut être quelque chose à prévoir de ce côté là, la prochaine fois qu'elle ira faire le tour du campement.

Coup d’œil sur sa droite, une Sentinelle qui termine sa ronde et vient se positionner de façon à pouvoir garder les champs et l'entrée de la caserne dans son angle de vue. Son armure brille sous la pluie, et elle semble se mouvoir sans difficulté sur le sol détrempé. Elle adresse un bref salut, sous la forme d'un hochement de tête, à l'humaine, avant de se mettre en faction. Caithness lui rend son salut, avant de parvenir à remettre un nom sur son visage : Issara. Avec Shaya et Aluwyn, elle fait partie du groupe de trois Sentinelles que lui a présenté la chasseresse Malienda VerteCime la veille, et qui sont chargées, en plus de leurs missions habituelles, de veiller sur la caserne de la Grisegarde. Théoriquement, il est même possible de leur donner quelques directives, mais la Grisegarde doit bien avouer qu'elle n'est pas très à l'aise avec ça. D'autant qu'elle devra écrire à Laverny pour l'informer de la situation, et elle ne peut s'empêcher d'éprouver quelque anxiété à l'idée de la réponse qu'il formulera, quant aux choix qu'elle a fait.

Haussant les épaules, une bien mauvaise habitude qu'elle semble avoir prise depuis quelques temps, elle délaisse la clôture, non sans jeter un dernier coup d’œil aux champs. Un bref éclat de lumière attire son attention, et elle revient, penchant la torse et la tête par dessus la barrière, comme si gagner quelques centimètres allaient lui permettre de mieux distinguer l'origine du scintillement dans la pluie. Au moment où elle se décide à faire le tour pour aller voir de plus près, elle reconnait la silhouette de Karkanos, jusqu'alors penché sur quelque chose. Nouvelle lumière sous la forme d'un petit faisceau braqué sur un objet au sol, qu'elle associe au petit compagnon mécanique du Grisegarde, dont, malgré tous ses efforts, elle ne parvient pas à se rappeler le nom, mais qui, de cela elle se souvient, ponctue ses interventions de brefs signaux lumineux. Apparemment, le duo semble occupé par un cas pratique, concernant les champs, ce qui lui met du baume au cœur, pas question donc de les interrompre. Il sera toujours temps de faire le point plus tard.

Essuyant une goutte de pluie qui s'aventure sur son front, elle fait demi tour, prenant la direction de la caserne, pour se remettre à l'ouvrage. Ce faisant, elle croise Withers, toujours en faction à l'entrée : sanglé dans un uniforme dépareillé, rendu plus solennel avec un tabard de réforme, et une lance d'entrainement qui fait illusion, le réfugié qui, de son plein gré et en l'absence de toute campagne de conscription officielle, a quand même fait vœu de se rendre utile auprès de la Grisegarde, est au garde-à-vous. Beaupré le regarde un instant, soupesant une nouvelle fois la décision de le renvoyer auprès des autres réfugiés, sa place au sein de la caserne étant en dehors de tout cadre légal. L'homme n'a rien d'un soldat, c'est un fait, mais il est ponctuel, souriant, et ne ménage pas ses efforts pour bien faire, malgré les tâches plutôt éprouvantes qu'elle a pu lui confier au début pour tester sa volonté et, elle doit l'admettre, l'amener à revoir son vœu. Le droit est une chose, les exigences de la situation en sont une autre. Par pragmatisme, autant que par affection pour le bonhomme, elle a décidé de le garder, tout en le maintenant un peu sous pression afin qu'il n'en vienne pas à considérer la question comme définitivement tranchée, et montre d'éventuels signes de relâchement. Malivert ne supporterait pas ça. Non plus que Grisold.

- Repos, monsieur Withers, nous ne sommes pas à la parade. Vous avez pu voir les bucherons pour l'approvisionnement en bois ?
- Pardon sergent, et oui sergent ! Mon beau frère m'a dit qu'il pouvait nous mettre de côté quelques stères de bûches pour un bon prix.
- Parfait. Vous me ferez parvenir les détails quand vous les aurez. Et quand vous croiserez monsieur Greyford, dites lui que j'aimerais le voir pour faire le point sur ses progrès en matière d'ingénierie.
- Bien, sergent, je le ferai.
- Merci, monsieur Withers.


Hochement de tête pour saluer l'homme et Caithness s'engouffre dans la caserne, laissant quelques pas mouillés sur le parquet, que la cire, récemment appliquée par Withers, met particulièrement en valeur. Elle va suspendre sa cape à la patère, met un peu d'eau à chauffer pour le thé et se remet à la table, où l'attendent les dossiers. Les choses changent, et disparaissent. Mais on dirait que l'armée a réussi à exclure les dossiers de ce grand cycle.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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