Éredric Langston - Les Souvenirs

Textes et récits divers au sujet des personnages qui font vivre l'unité de la Grisegarde.
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Éredric Langston
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Éredric Langston - Les Souvenirs

Message par Éredric Langston » jeu. mars 28, 2019 7:16 pm

Installé en tailleur sur son couchage, défait d'une partie de son uniforme, Éredric avait le regard plongé sur l'emblème de son tabard, qu'il tenait fermement dans les mains. Gilnéas ne lui évoquait aujourd'hui pas la chute du mur, son incarcération ou sa famille. L'emblème de sa nation le replongeait en l'an dix-sept, alors qu'il effectuait son service militaire.

« Quelle chance, ma nation est en paix », se disait-il. Mais combien de temps devrait s'écouler avant la prochaine guerre ? On disait partout que les Forêts de Quel'Thalas avaient été brûlées par les orcs, libérés de leurs camps, et comme si ça ne suffisait pas, l'Alliance de Lordaeron partait en morceau. Justement, le jeune Éredric avait été affecté au nord, dans la forêt des pins argentés. Ce camp faisait office d'un poste de douane : les lordaeronnais, par cette période, n'étaient pas les bienvenus à Gilnéas. Personne ne l'était.

Depuis les offices de ravitaillement, les champs et les cuisines, Éredric ne voyait pas grand chose au monde militaire. En vrai, il était toujours dans le même milieu que chez son grand père. C'était pour ça qu'on l'avait envoyé là, d'ailleurs. Il y avait bien le levé tôt, les exercices et les ordres des supérieurs, mais il savait prendre sur lui. Ce qui lui pesait, en vérité, c'était l'état d'esprit. Ici, tous les jeunes de son âge se voyaient comme des chevaliers en devenir, ou au moins des soldats d'exception, des héros. Éredric, lui, peinait à manier son épée, tombait en sanglots lorsque le sergent-instructeur haussait le ton et trouvait du réconfort lorsqu'il était dans le champ tout près du camp, son petit coin à lui. Les autres en avaient fait un bouc émissaire : il n'était que « le petit sorcier », « le mage-citrouille » ou « le rouquin ».

Difficile de se faire des amis lorsqu'on tient cette place dans une troupe. Chaque haussement de voix pour essayer de se faire respecter se soldait en moquerie, chaque essai pour aborder quelqu'un avec sympathie devenait un moment de solitude et chaque moment qui aurait pu être tranquille devenait un bizutage. Cet enfer dura plusieurs mois avant qu'un homme ne prenne la défense d'Éredric. Théodore était un garçon gentil qui avait refusé de laisser le jeune homme dans son tourment. Il le défendit quelques fois face aux plus idiots recrues de la troupe, parfois jusqu'aux poings. Les deux jeunes hommes devinrent amis.

Théodore parvint un jour à faire entendre raison à Éredric : il pouvait rester quelqu'un de bien sans se laisser marcher sur les pieds. Ce conseil fut un déclic pour Éredric. Son grand père lui enseignait depuis des années les méthodes d'autrefois, l'art mystique, la sorcellerie des moissons. Lors de ses repos et permissions, il utilisa les quelques fondamentaux de cette magie pour déformer les rosiers qui peuplaient le bord de son champ : les tiges épineuses constituaient des armes non létales intéressantes. A force de pratique, le jeune sorcier arrivait à invoquer des sarments épineux et il ne tarda pas à s'en servir pour impressionner ceux qui lui faisaient du tort. Après quelques mois, même si certains méfaits lui avaient coûté d'amères punitions, Éredric était respecté.

Plus personne ne venait dans son champ pour écraser ses légumes, plus personne ne versait de vin dans ses linges de lit, plus personne ne se moquait de lui. « Être un sorcier de la moisson ne sera jamais facile », lui disait souvent son grand père. Peut-être qu'être un sorcier des épines lui faciliterait la vie.


Partagé entre joie et tristesse, Éredric posa son tabard près de lui et parti à la recherche d'un livre à lire, pour se changer les idées.

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