Fil de vie

La vie quotidienne de l'unité au sein de la caserne.

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Éredric Langston
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Message par Éredric Langston » jeu. avr. 11, 2019 7:42 pm

Éredric n'était pas allé se coucher au dortoir, ce soir là. Après cette pénible journée et la soirée qui se mariait parfaitement avec, il avait escaladé l'un des chênes près de la caserne afin d'y trouver le réconfort de bons souvenirs passés dans les arbres.
C'est ce qu'il avait espéré en tout cas. Mais il était torturé. Entre sa difficile approche de la mer - sa tourmente, la journée et l'état de ses confrères le soir, il était difficile d'avoir l'esprit apaisé.

Plutôt que de s'apitoyer sur sa propre crainte, il cogita plutôt sur la situation de la Grisegarde. Éredric ne se sentait pas vraiment concerné par ce qui était arrivé à Rouillevent, il ne le connaissait pas, et avait plutôt l'air, d'après les faits, de mériter son sort. Mais il ne pouvait pas être insensible au malheur des autres. Son empathie le tortura toute la nuit. Il avait tout particulièrement le cœur lourd pour Grisold Folépine et pour son acolyte Greyford.

Il parvint à dormir un peu, perché dans son arbre, posé sur une large branche, et fut aux premières loges pour constater la tourmente de ceux qui quittèrent la nuit, ou tôt le matin, la caserne. Il n'osa pas les approcher, cependant, alors qu'il aurait voulu trouver le courage de venir poser une main bienveillante sur l'épaule de Folépine.

Au soleil levé, il se mit en tête de trouver Greyford pour le raisonner. À force de magie et de son lien étroit avec eux, il envoya des corbeaux survoler Hurlevent pour trouver Karkanos, et venir le lui indiquer.

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Caithness Beaupré
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Message par Caithness Beaupré » sam. avr. 13, 2019 9:48 am



Reposant sa tasse vide sur la petite table, Caithness jette un nouveau coup d’œil par la fenêtre de la maison, observant le spectacle des falôtiers, qui veillent à ce que les lampadaires diffusent une lumière apaisante sur les principales artères du Haut Quartier, et facilitant, de fait, le travail des patrouilles, nombreuses, autour du Donjon Portvaillant.

Dans son dos, leur hôte, le jeune Cahan Sullivan dodeline de la tête, vautré dans son fauteuil, balbutiant de façon presque inaudible, sous l’œil goguenard de Karkanos Greyford qui s'est posé sur le bout de la rambarde de l'escalier qui dessert les étages de la bâtisse. Beaupré esquisse un petit sourire en se retournant, le spectacle du worgen perché lui apportant un étrange sentiment de familiarité, comme si ce geste marquait la prise de possession effective de l'endroit, une façon de dire "nous sommes chez nous", avec tout ce que cela apporte sur le bien être des individus affectés.

Nouveau mouvement de la tête de Cahan, qui manque de tomber à la renverse. Le retenant d'une main sur son épaule, Caithness se tourne vers Karkanos, qui comprend aussitôt et descend de son perchoir pour l'aider à porter le jeune ruffian jusqu'à la couchette sommaire qui doit lui permettre autant de prendre du repos afin que ses blessures guérissent rapidement, que de le soustraire à la rue où d'autres personnes moins bien intentionnées pourraient lui mettre le grappin dessus et lui délier la langue, avec des conséquences néfastes pour la suite de la mission. Pendant que Karkanos allonge leur hôte, elle récupère la tasse vide devant la place du jeune homme, signe que le somnifère n'a pas été aussi efficace que prévu ; une information qu'elle garde dans un coin de sa tête, la jugeant suffisamment intéressante pour faire l'objet de quelques approfondissements aussi tôt que possible, notamment en abordant le sujet avec le sergent Swett.

Pour l'heure, elle se contente d'adresser un petit signe de tête assorti d'un sourire à Karkanos avant de monter pour terminer le rapport de mission, peinant un peu à retrouver le petit secrétaire de voyage caché sous la pile de matériel médical. C'est l'occasion pour elle de faire le tour de ses compagnons, les regards complices valant un discours entre Folépine et Swett, l'attitude protectrice, presque paternelle par certains égards, de Sorensen, le stoïcisme de Tucker, dont on retrouve des signes chez la jeune Vance, mais également chez Hartford, comme si le fait d'utiliser une arme à distance leur donnait du recul également dans la vie de tous les jours, l'apparente insouciance de Greyford, capable de faire fleurir des sourires là où l'austérité semble primer ... Bien qu'elle n'en connaisse certains que depuis peu, ou de façon lointaine, il est indéniable qu'en couchant les mots sur le papier, le sourire de Beaupré s'élargit doucement, reléguant , pour un temps, dans les couches plus profondes de son être les évènements qui ont conduit à l'arrestation de Rouillevent.

Frottant ses yeux, elle relit une dernière fois le rapport, corrigeant les erreurs d'écriture qu'elle impute à l'heure tardive, puis achève de sécher l'encre avec un buvard avant de rouler le papier et le ranger dans le compartiment du secrétaire prévu à cet effet. Soufflant sur un mèche rebelle qui s'obstine à faire de la balançoire devant son œil droit, ses pensées reviennent à la tasse et à son contenu ; certaines maladies pouvaient avoir évoluées dans l'environnement insulaire, comme ces cas de grippe qui avaient atteint certains soldats de l'Alliance après leur débarquement dans les jungles de Krasarang, en Pandarie. Kul Tiras n'avait pas connu un si grand isolement mais il était néanmoins possible que sa population ait développé des résistances à certaines essences et, par là, certaines maladies venues d'Azeroth. Probablement rien de sérieux, mais un petit détour au Quartier Général de la 7e Légion ainsi qu'auprès des autorités sanitaires de l'Alliance établie à Boralus pour s'en assurer ne pourrait pas faire de mal.

Mieux vaut prévenir, comme on dit.

Son agenda pour la journée en tête, Caithness se dirige vers son lit, prenant soin de ne pas faire trop de bruit en retirant ses bottes, et se couchant tout habillée, le tabard et les épaulières juste posés sur la chaise tenant lieu de valet de chambre avant de fermer les yeux.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Bartholomew Swett
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Message par Bartholomew Swett » sam. avr. 13, 2019 2:50 pm

Le falotier effectuait sa besogne, traversant les communs de la Croisée des Vents d'un pas mécanique. Briquets à silex en mains, les allumeurs de Boralus avaient -contrairement à leurs homologues hurleventois- troqué les allumettes de pin soufrées pour les feux de poche, bien plus commodes dans un environnement où l'humidité se respirait comme l'air. À bonne distance la silhouette napée de bleu barbeau marchait sur ses pas, glissant faussement distraitement sur les pavés gris, évitant les bruns comme des coulées de lave. Il quitta alors des yeux le porteur de lumière qu'il suivait à la manière de ces affreuses phalènes nocturnes, se séparant comme de coutume de tout ce qui pouvait faire étinceler ses yeux. Il sauta une barrière de cordages épais et traversa comme s'il l'avait fait des dizaines de fois un ponton de bois gonflé, évitant naturellement certaines planches qu'il savait fragiles. Il s'arrêta devant la lourde porte d'une bâtisse plus large que profonde, marquant une pause hésitante, le point à demi levé face au bois.

Bartholomew Swett, maugréa un cogneur dont la forme massive se devinait dans l'ombre du bâtiment.
Marlow, salua-t-il en retour dans un sourire aussi crispé que poli.
T'as du toupet d'venir traîner tes os ici, commença l'homme tout en se décollant du mur, révélant sous la pâle lueur de la lune sa face bourrue et percée de balaffres. Penses-y bien, avant d'passer cette porte. T'sais pas c'qui peut t'attendre derrière.

Swett prit bonne note de cet avertissement, aussi fou et inconscient soit-il, il ne connaissait que trop bien l'honnêteté de ces animaux-là lorsqu'il était question de se faire corriger à coup de phalanges comme de canif. Il frappa une fois et poussa la porte doucement, glanant par la même occasion les éclats de voix des quelques capitaines et corsaires s'y étant réunis. Il s'avança, la face neutre et les doigts noués devant lui. Les bruits cessèrent et les regards se dirigèrent vers lui.

Devant la grande table du Compat, une petite femme aux cheveux dorés s'était figée, les doigts crispés sur le bois comme si elle s'apprêtait à en tirer une planche pour la lui jeter au visage. Un silence lourd s'installa, uniquement troublé par les quelques éclatements des buches dans l'âtre. Un homme se pencha alors par-dessus la rampe de l'étage, retirant son monocole-loupe de devant son oeil.


Mais qui avons-nous là ?! cria-t-il d'un ton aussi chaud qu'enjoué. Il descendit et s'approcha de l'homme avant de le prendre dans ses bras avec bonhommie. Les marins reprirent alors leurs discussions comme si personne ne les avait interrompu. Moi qui pensait que tu ne reviendrais jamais nous voir... Alors, quel bon vent t'amène, l'ami ?

S'approchant de la grande table, poussé par la main rustre du cartographe, Swett ouvrit les lèvres pour répondre d'un ton trahissant son embarras. Toujours crispée de l'autre côté, la jeune femme chancela au son de sa voix et fit le tour du meuble à pas vifs, martelant le parquet des talons durs de ses bottes. Interrompant la demande à peine formulée du Grisegarde, elle se figea devant lui les lèvres sèches et le visage défiguré par la colère, lui lançant un poing ferme au visage. Le coup fut reçu dans les éclats de voix amusés des marins, toujours bons publics lorsqu'une femme se montrait assez téméraire pour jouer de ses poings.

On se calme... lança dans l'instant Nathan Donovan, les lèvres pincées et les bras levés comme un prophète. Tu ne lavera pas ton linge sale devant ces messieux, Elsa. Montons. Il poussa alors sa soeur pour la forcer à se détourner de celui qui avait reçu le coup sans protestation, comme s'il pensait le mériter.

À l'étage, la colère d'Elsa Donovan résonnait dans toute la bâtisse. Le nom de Gerhardt Davenport revenait régulièrement comme un refrain dans le flot de remontrances qui s'échappait de ses lèvres, et Swett continuait de faire profil bas. Il avait arraché à la jeune cartographe son fiancé pour une aventure par-delà les mers. Davenport était un herboriste tout aussi curieux et intrépide, ou peut-être juste aussi fou que lui. Il l'avait embarqué dans un voyage en catimini sur les terres des Zandalari, voyage désapprouvé dès son évocation par Elsa. Swett était revenu, lui non. Pour elle, le pire était qu'il n'était même pas mort en mer ou sur le terrain, son brin-de-mer vivait encore dans le vase sur la grande table du Compat. Il avait juste fait le choix de vivre aussi librement que son compagnon de route, et lui avait fait ses adieux via un pli prestement rédigé.

Une bonne heure s'écoula avant que les deux hommes puissent en placer une. Elsa croisa les bras et détourna les yeux vers le rez-de-chaussée, le regard noir couleur de rage. Swett résuma brièvement les derniers mois, et cette liberté qu'il avait ironiquement troquée contre un tabard qu'il suivait depuis une dizaine d'années sans ne jamais l'endosser.

Plus léger de quelques pièces, il ressortit finalement du Compat entier, avec pour seul fardeau une pommette fendue et violacée. Une carte roulée sous le bras, il slaloma entre les ivrognes et les fêtards, se perdant inconsciemment dans l'incessant bourdonnement de vie de Boralus. Arrivé à la caserne, il déroula le parchemin sur la table et replaça les marques dessinées par Sullivan à l'encre rouge avant d'y ajouter quelques annotations au crayon. Le front contre l'hypothénar de sa main, il ferma les yeux pour tenter de se rappeler de ce qu'il avait exploré de la Rade, repensant par moments à Davenport et à la douleur d'Elsa. Aussi compatissant et désolé pouvait-il être, aucun remords ni aucune culpabilité ne le troublait. Il s'endormit ainsi, la tête dans sa main et de nombreux souvenirs en tête.

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Grisold Folépine
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Message par Grisold Folépine » sam. avr. 13, 2019 6:58 pm

Folépine redécouvrait Boralus. La dernière fois qu'elle était venue là, tout était différent. Ismey Grivebois était toujours commandant, le vieux loup était toujours capitaine à trainer derrière eux comme une ombre bruyante et soufflante. Et elle n'était que le rejeton protégé de la portée. Du reste, elle n'avait pas vu grand chose du voyage, ayant contracté une fièvre typhoïde qui avait failli avoir raison de ses forces et l'avait gardée alitée plusieurs jours dans un état de torpeur vague. Aujourd'hui, malgré le confort de leur habitation, elle aurait troqué volontiers son confort pour la fièvre typhoïde et revoir le vieux loup claudiquer devant elle. Mais désormais il n'y avait nulle ombre derrière laquelle se cacher entre les murs de pierre. La proximité de la mer n'arrangeait rien à ses angoisses, mais elle se devait de garder un visage impassible. Elle devait mener la meute, quoi qu'il advienne. Aucun faux pas possible. Si elle échouait maintenant, elle retrouverait le vieux loup plus vite que prévu, et pas de la meilleure manière qui soit. Non. Elle devait faire face, une fois de plus. Se montrer digne, et réussir là où l'on attendait qu'elle échoue. Et pour cela, elle avait autant besoin de la meute que la meute avait besoin d'elle.

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Caithness Beaupré
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Message par Caithness Beaupré » mar. avr. 16, 2019 5:34 pm



Regardant les ustensiles rangés en ordre sur la petite table du logement que la Grisegarde occupe pour la nuit, faiblement éclairée par les braises qui rougeoient dans l'âtre, Caithness ne peut s'empêcher d'esquisser une petite moue. C'est la troisième fois déjà qu'elle refait l'inventaire des paquetages médicaux, et la situation n'est guère reluisante à ses yeux. Les flacons de désinfectant sont déjà à moitié vides, les bandages commencent à devenir des marques d'appartenance à l'unité la plus féroce de l'Alliance tellement ils ont pris l'habitude d'être portés, les baumes cicatrisants et les cataplasmes pour les traumatismes contribuent à parfumer les corps plus que de coutume, au grand ravissement des uns, et au grand désespoir de certains autres...

Se refusant à penser que ces collègues prennent des risques uniquement pour le plaisir de la tenir occupée avant, pendant et après les missions qui leur sont confiés, elle remet les ustensiles à leurs emplacements respectifs, veillant à ce que les flacons soient bien à l'abri, tout en restant accessibles pour les urgences sur le terrain. Pendant que ses mains s'affairent, ses pensées vagabondent au delà des murs de la chambre, vers ceux qui, d'une décision prise entre deux tasses de thé (les veinards) et d'une signature au bas d'un parchemin (les lâches) amènent la Grisegarde à se déployer sur des terrains toujours plus dangereux, avec des moyens aussi réduits que les attentes sont élevées, le tout sous le couvert du devoir et de l'abnégation attendus de la part de tout corps d'élite.

Même si elle comprend les nécessités de la guerre, et le rôle des troupes d'avant-garde, elle a assez payé pour voir et savoir, elle ne peut admettre qu'on abuse à dessein d' une position dominante, surtout quand des vies sont en jeu et les enjeux un peu trop élevés. Et l'inventaire médical indique que la troupe est vraiment sur la corde raide. Le talent de chacun de ses membres est pour le moment son meilleur atout, et elle espère ardemment qu'il en sera de même encore longtemps.

Mais à trop tirer sur la corde, et à forcer la chance, la pièce finit inévitablement par retomber sur la tranche, voire sur le mauvais côté.

Essuyant ses yeux du revers de sa main, Caithness se rend compte qu'elle ressasse de bien sombres pensées. Probablement la fatigue. Même si une petite voix lui dit que "oui, mais pas que". Rangeant les paquetages dans le coin près de son couchage, elle s'assoit, regardant une dernière fois les braises qui couvent maintenant sous un épais lit de cendres. Souriant devant ce qu'elle considère comme un bon résumé de la situation, elle ferme les yeux et s'allonge. Il faudra être en forme demain.

Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Malivert Rouillevent
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Re: Fil de vie

Message par Malivert Rouillevent » mer. avr. 17, 2019 5:15 pm

Dans sa cellule, Malivert refusait de se nourrir. Amaigri, le vieux loup attendait résolument les dernières délibérations et le verdict final. Il n’avait aucune appréhension quant à la sentence, connaissant l’issue du jugement avant même qu’il ne soit prononcé. L’Intendance Royale comptait durablement se débarrasser de luit et de ses méthodes, le dissimulant pour toujours dans les ombres d’un cachot, entouré de criminels qu’il avait, toute sa vie durant, contribué à placer sous les verrous.

Alors que l’ancien commandant faisait le mort sur sa paillasse, un jeune maton vint coller son nez contre les barreaux afin de s’enquérir de son état. Voyant qu’il ne bougeait plus, la recrue ouvrit la porte puis avança prudemment vers le corps de Rouillevent. Aussitôt, celui-ci bondit et tartina d’excrément le charmant minois de ce pauvre bougre avant de partir dans un rire nerveux, chose étonnante pour tous ceux qui connaissaient le Worgen. Tremblant, le regard empreint de démence, il se recroquevilla instantanément sous sa couchette, comme un animal traqué. Un animal fier de son méfait et en pleine crise de manque.

— Je veux du whisky !

— Vous n’aurez rien, Rouillevent. Si ce n’est une bonne corde au cou, si vous continuez sur cette lancée ! que hurla un gradé venu prêter main-forte au malheureux qui tentait de s’essuyer le visage, comme un enfant mouche son nez.

— Vous avez avez bien trop peur de notifier ma mort sur un de vos petits rapports, pour ça.

Les gardes ne répondirent pas, glissant simplement un bol de soupe à la bête tapie.

— Je ne veux pas de votre nourriture, je veux du whisky. À ces mots, Malivert tremblait. Le bruit de ses dents qui s’entrechoquaient et de ses articulations semblaient résonner dans toute la cellule.

— Mangez, ou on sort l’entonnoir. Les gardes disparurent dans la pénombre des couloirs de la prison de Hurlevent, laissant le vieux loup à son auge et au silence. Humant la soupe avec son air de défi habituel, Malivert se déplia lentement, inspira puis se mit à hurler.

— Si vous ne voulez pas me donner de boisson, amenez-moi Caithness Beaupré.

— Ta gueule ! que lui répondit un détenu d’une cellule voisine.

— Et moi les courbes de Fauve de Clercy ! beugla un autre.

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Karkanos Greyford
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Re: Fil de vie

Message par Karkanos Greyford » mer. avr. 17, 2019 6:34 pm

"Greyford va mourir, Greyford va mourir, Greyford va mourir, ..." se répéta en boucle le jeune Worgen toute la nuit et toute la journée. Ses tremblements dans la main, et cette sensation d'avoir un collier d'épine autour de cœur ne se manifestaient que que quelques fois par jour, à des moments aléatoires. Parfois quelques secondes, parfois quelques minutes. Quelquefois, si sa main tremblait, il n'avait pas automatiquement mal au cœur. Mais quand il sentait la douleur dans son organe, des sueurs froides l'envahissaient, il paniquait, il voulait que ça s'arrête.

Il n'était pas médecin, il connaissait des techniques de soins basiques comme le garrot, et ce peu de connaissance médicales ne lui avait jamais fait défaut jusque là.

Pourtant, cette fois, il ne pouvait pas se soigner soit-même. Ne souhaitant pas être un poids pour l'équipe, ou pire, être renvoyé pour causes médicales, il pris la décision de n'alerter Caithness qu'en cas d'extrême urgence. Après tout, comme un simple rhume, peut-être que ce mal lui passera tout seul ?

Rassuré, il décida d'aller prendre l'air, mais alors qu'il posa un pied dehors, il sentit de nouveau sa main commencer à trembler.

"Greyford va mourir, Greyford va mourir, Greyford va mourir, ..."

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Bartholomew Swett
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Re: Fil de vie

Message par Bartholomew Swett » mer. avr. 17, 2019 7:14 pm

Image Grisold avait dit qu’elle revenait. Elle avait suivi Swett sur un coup de tête, peut-être un peu inquiète de le trouver si taciturne dernièrement. Taciturne, il l'était plus que d'ordinaire. Si Kul'Tiras était pour lui une petite sœur de Gilnéas où il se plaisait, il y avait aussi accumulé les ennuis plus aisément qu'ailleurs. Peut-être pas ascète non plus, il n'aimait pourtant pas plus que Rhonda Tucker le gaspillage et les vieilles habitudes bourgeoises consistant à se vautrer à demi sur son coussin, à demi dans son plat d'argent, et avait profité de l'hébétement général d'après festin pour s'éclipser.

Il marchait à pas vifs, serpentant entre les soulards et ceux rendus trop joyeux pour ne pas gesticuler en marchant. Un petit bout de femme à la peau ébène dansait au centre de la grande rue, lançant ses jupons céruléens de tous côtés, applaudie par ses compagnons de beuverie. Au travers de ses volants bleus il percevait les petits pas frénétiques de la louve qui le traquait, et se savait déjà percée à jour. Grisold courait pour rattraper l'odeur familière de Swett, bousculant quelques badauds au passage sans s'en inquiéter. Elle se sentait étrangement plus libre ici où seuls ses hommes la connaissaient. Et elle était déterminée à ne pas laisser filer Swett si facilement. Il s'arrêta sur les berges la main dressée en signe au passeur, et accueillit comme il pouvait celle qu'il souhaitait le moins mêler à ses sales histoires. Elle se prit soudain à se demander si elle ne le dérangerait pas dans sa course. Il avait dit qu'il rentrait. Et il n'était pas du tout parti en direction de leur hébergement du Haut Quartier. Elle suivit Swett sans poser trop de questions, se formalisant peu du quartier miteux dans lequel ils avaient l'air de se diriger. Personne ne les revit plus de la soirée, s'étant débraillés avant de se perdre dans un dédale suintant sueur, sang et alcool.

*
Tôt dans la matinée les deux officiers réintégrèrent leur caserne de substitution, ayant été quelques minutes plus tôt interrompus dans leur marche par un coursier livrant la réponse de Grimonce. Swett la lut à Grisold, dessinant sur ses lèvres la satisfaction comme la hargne, pour finalement s'affubler d'un sourire trop discret pour être perçu par autre que le Commandant qui de son côté ne semblait seulement que rayonnante et heureuse de vivre. Il déposa le message sur la grande table de l'étage, disponible à la lecture de tous les officiers et des soldats curieux.

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Caithness Beaupré
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Re: Fil de vie

Message par Caithness Beaupré » mer. avr. 17, 2019 9:13 pm


Penchée sur le petit baquet d'eau tiède, dans la pièce dévolue aux ablutions matinales, Beaupré achève de faire partir la tension qui s'est accumulée dans ses muscles, après la séance intense que leur a offert le Lieutenant Tucker au matin, le lendemain de leur soirée d'agapes...


Le ton n'était pas différent des autres jours, ou les gestes plus secs. Non. Seul le regard, peut être un peu plus perçant, semblait indiquer que la robuste guerrière s'était donnée une mission de santé publique pour la troupe, afin de ne pas lui faire oublier que les plats ingurgités la veille, dans un confort loin des standards de l'armée, pouvaient avoir des conséquences rapides... Et de fait, après un échauffement plutôt sommaire à base d'étirements et de flexions, tous les soldats avaient pu arpenter les larges avenues et les sombres ruelles du Haut Quartier autour de la maison-mère en petites foulées. Rapidement, les souffles s'étaient raccourcis, plus ou moins rapidement, et les bruits indiquant que chacun se concentrait sur sa douleur intérieur avaient remplacés les mots. Habituée à se concentrer sur son souffle, elle avait pu observer les visages tendus par l'effort, les attitudes qui faisaient écho à celles de la veille, le soin apporté à l'allure et l'économie de mouvements de Sean Hartford, la détermination dans les mouvements de bras de la jeune Vance, l'éternel sourire dessiné au coin des lèvres du lieutenant Khay, toujours présent malgré les mèches collées sur le front... Même Karkanos qui courait à côté d'elle semblait concentré sur la course, même si ses oreilles et ses yeux indiquaient que son esprit était tourné vers le spectacle offert par les rues, et les badauds, qu'ils croisaient. Grande était la tentation de s'esquiver, d'emprunter une des venelles perdues dans la brume venue de la mer, mais les limiers qui couraient derrière les mollets des retardataires ne laissaient guère d'opportunités de ce côté là. Tant et si bien qu'en rentrant, la troupe s'était répartie entre les bancs et les tabourets de la salle commune pour prendre le petit déjeuner, dans un silence de cathédrale, que ponctuait parfois un toussotement. Caithness avait profité de l'occasion pour se diriger vers la salle de bain, récupérant un peu d'eau chaude en passant.


Sortant de ses pensées pour revenir au présent, Caithness attrape une serviette, se frictionne rapidement et s'habille. En sortant de la pièce, elle croise ceux qui ont fini leur premier repas de la journée, et viennent pour se décrasser à leur tour, avant de prendre leur poste. Quelques mots et amabilités sont échangés, puis elle descend prendre la collation qui lui permettra de faire face à la matinée qui s'annonce. Dehors, le temps brumeux du petit matin a évolué en petite pluie fine et froide, à en croire l'allure et les vêtements des gens qui passent devant la fenêtre. Appréciant les dernières gorgées de son thé, celles dont l'amertume se mélange à merveille avec les notes de miel, en un subtil rappel des aspects de la vie et des paroles de son maitre, Caithness s'accorde quelques instants, yeux mi-clos, pour sa méditation quotidienne. Puis elle va rincer sa tasse, et met sa veste, le tabard et la cape dont la capuche sera un atout indéniable pour affronter le temps tirassien ; elle avise la sentinelle de sa destination, afin qu'on sache où l'envoyer quérir si besoin était, et elle part d'un bon pas.


La ville est un véritable dédale, et malgré la visite guidée, elle doit demander à plusieurs reprises aux gardes son chemin. Les petites différences culturelles et les variations de l'accent ilien ne facilitent pas toujours les échanges, mais elle finit par trouver la grande bâtisse qu'elle cherche : non loin du quartier des Alizées, dans un entrepôt appartenant autrefois à la famille honnie des Corsandre, elle ne paye pas de mine, et on pourrait facilement passer à côté ; aucune bannière pour le signaler, et seule la présence, discrète, de deux sentinelles en armure réglementaire, recouvertes d'une pèlerine, permet de reconnaitre un des baraquements de la 7e Légion. Approchant du garde le plus proche, elle s'identifie, tendant une courte missive ornée du sceau de la 7e. Le soldat inspecte le pli soigneusement, ainsi que sa porteuse. Puis il se tourne vers son collègue pour lui dire qu'il accompagne la visiteuse à l'intérieur. Passant la porte dont les ferrures auraient de quoi impressionner même un nain, Caithness s'engouffre dans le bâtiment à la suite de son escorte ; le passage du froid au chaud s'accompagne d'une bouffée d'odeurs, huile de lampes, encre des nombreux clercs qui accompagnent la troupe dans ses déplacements officiels, cuir des sacoches dans lesquels circulent les plis, plus des reliefs de repas et de café.

- Attendez là, quelqu'un va venir vous chercher.

Son escorte montre un banc à côté d'un guichet, puis lui adresse un salut un peu raide, avant de reprendre son poste, sans attendre de réponse, ne laissant d'autre choix à la dame que d'opiner et s'asseoir, lui laissant le loisir d'observer de plus près les coulisses d'une des plus prestigieuses unités de l'Alliance. Et pour ce qu'elle peut en voir, il n'y a là guère de différence avec les autres.

- Madame ?

La voix est posée et claire, empreinte de notions protocolaires, demandant sans demander. Levant la tête, elle constate qu'un des nombreux soldats qui circulent dans les couloirs a fini par s'apercevoir de sa présence. Celui-ci arbore les insignes de sergent, mais les mains fines, où on note encore des traces d'encre, le désigne comme un des nombreux rouages de la monstrueuse administration qui fait tourner, avec plus ou moins de succès, l'armée de l'Alliance. Se levant en lissant son tabard, Caithness le salue.

- Soldat Beaupré, de la Grisegarde. J'ai rendez vous avec ...
- Je sais avec qui vous avez rendez vous, soldat. Mais mon temps, comme le vôtre, je suppose, est précieux, alors ne perdons pas de temps en formalités.

Et le sergent de faire demi tour et de se diriger à allure modérée vers un des nombreux bureaux aménagés à la hâte dans le fond du bâtiment. Parvenus devant le seul qui soit fermé, le sergent pose son oreille un instant contre la porte close, puis se décide à frapper. Bruits de dossier posé sur un bureau surchargé, pas rapides vers la porte, qui finit par s'ouvrir sur la silhouette d'un jeune homme svelte et prématurément blanchi, qui les regarde derrière des lorgnons de verre rouge.

- Capitaine ? Navré de vous déranger, mais ce représentant de la Grisegarde désire vous voir.
- Ah oui, merci sergent Perkins, vous pouvez disposer. Profitez en pour mettre la main sur les dossiers de la 3eme section, c'est pour avant hier. Entrez, madame, je vous prie et profitez en pour me rafraichir la mémoire... , dit l'officier en s'effaçant, et en lui montrant l'unique fauteuil exempt de dossiers près du bureau.
- Merci Capitaine. Soldat Beaupré, je vous ai écrit il y a quelques jours concernant une demande d'accès aux registres médicaux de la 7e Légion, afin de mettre à jour nos propres dossiers et en savoir plus sur les éventuelles épidémies et cas de maladie suspects déclarés depuis votre arrivée à Boralus.
- Ah oui, en effet ! J'espère que vous avez prévu un peu de temps, la pile de documents est conséquente, dit l'officier en ouvrant un secrétaire pour en extraire un premier dossier, rapidement suivi d'un deuxième, hum Beaupré vous avez dit ? Nous avons un caporal Beaupré dans nos rangs. Vous le connaissez peut être ?
- C'est fort probable, en effet. Il s'agit de mon fils.
- Oh ?! Je comprends mieux les raisons qui poussent une représentante de la Grisegarde à faire appel à nous pour ce genre de demande, dit le capitaine en souriant par dessus son épaule avant de reprendre l'extraction des fichiers des casiers de son secrétaire. Un bon soldat, dommage vous l'avez raté de peu, lui et son unité ont pris la mer il y a à peine une semaine.
- Il m'a écrit avant d'embarquer, et c'est sur une suggestion de sa part que je suis dans votre bureau, pour tout vous dire.
- Il a eu raison. D'ordinaire, nous ne sommes pas très accessible à ce genre de demandes mais les fronts se multiplient tellement vite avec l'ouverture de la guerre à tous les continents et toutes les mers ... Nous sommes l'Alliance, nous devons nous serrer les coudes si nous voulons avancer. Et puis, si vous découvrez quelque chose d'intéressant, je pense que vous aurez la courtoisie de nous le faire savoir en retour... Ah ! voilà le dernier dossier en date, avec les deux autres, je pense que vous avez de quoi vous occuper un moment, et vous mettre à jour. Par contre, pas d'emprunt possible, mais je vais vous fournir un nécessaire d'écriture pour que vous puissiez copier ce qu'il vous faudra. En attendant, considérez mon bureau comme le vôtre !

L'officier sort alors de la pièce, laissant Caithness devant une journée de lecture.
Je ne suis pas une louve, je suis une mère.

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Alphyn Zeff
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Re: Fil de vie

Message par Alphyn Zeff » jeu. avr. 18, 2019 7:45 pm

Un bref soupir s'échappa de la bouche du jeune Zeff. Il venait tout juste de renvoyer une lettre de remerciement à l'attention des Industries Allen pour la cargaison qu'il venait de recevoir, à la caserne. Livraison d'une commande qui datait déjà d'un petit moment, mais qui servira très certainement la cause de la Meute. La dernière chose qu'il pouvait faire, avant son départ.

Voilà déjà un petit moment qu'il avait reçu un courrier insolite, mais dont le nom de l'expéditeur avait ravivé son passé enfouit. Morgan Zeff. Son défunt père. Comment? Pourquoi? Où? Tant de question, sans réponse. Il n'avait pas voulu impliqué ses camarades dans cette affaires, et c'est pourquoi il avait donné sa démission.

Ses derniers jours à la caserne afin de terminer la paperasse et de tout convenir avec Beauprés se passèrent sans soucis, bien que dans une ambiance plutôt morose, et la nouvelle de l'arrestation du Commandant Rouillevent l'avait vraiment surpris. S'il s'était senti impuissant face à ces évènements, il savait que la Grisegarde saurait se relever de cette épreuve avec Grisolde Folépine à leur tête.

La cargaison pour les fusils et pistolet de soins étant la dernière chose qui le retenait ici, ce fut après une minutieuse vérifications de chacun de ces armes, qu'il entreprosa à l'infirmerie, avec un mot pour Beauprés, qu'il regarda une dernière fois la caserne, désormais vide, ses membres partis vers une mission.

Dans un sourire triste, il salua respectueusement le batiment, avant de partir, dans une tenue de voyage.
"Je l'ai aidé parce qu'il avait besoin de moi."

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